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12/09/2014

L'irresponsabilité pour tous

Lu un petit article dans L'Express qui me semble typique de la mentalité de notre époque. J'y apprends en effet que l'enseigne de restauration rapide Quick propose désormais une formule dans laquelle les boissons – des sodas pour l'essentiel – sont à volonté. Et l'auteur de nous avertir du "danger" que représenterait cette nouvelle offre, de nombreuses études scientifiques ayant démontré le lien entre la consommation de sodas et le surpoids. Ce qu'oublie de dire notre journaliste, c'est que ce risque probabiliste (on ne devient en effet pas nécessairement obèse en consommant des sodas, on augmente simplement la probabilité de le devenir...) n'existe qu'en tant que les individus ne maîtrisent pas leur consommation de sodas. Alors je veux bien admettre que les sodas contribuent (dans quelles proportions ? dans quel cadre ? mystère...) à "flouter la sensation de faim et de satiété", il n'empêche que cela reste l'affaire de chacun de gérer son alimentation et qu'il n'est pas besoin d'être diététicien pour comprendre que se gaver de sucre ne constitue vraisemblablement pas le meilleur régime.

Certains dénoncent l'individualisme rampant de notre société : j'observe quant à moi un collectivisme de plus en plus prégnant où l'individu se trouve réduit à un automate, obéissant à des schémas simplistes de conditionnement. Pour faire son bonheur, il suffirait donc de trouver les bons réglages, décidés collégialement par un groupe de programmeurs omniscients.

11/09/2014

La mauvaise foi des démons

J'ai failli tomber de ma chaise en entendant Georges Fenech se scandaliser de la profanation de lieux de culte par les FEMEN ([02:01]). Georges Fenech, c'est quand même ce type qui, depuis des années, harcèle des milliers de citoyens français au seul prétexte qu'ils appartiennent à une minorité spirituelle ou une autre étiquetée "secte" par une mission de pseudo-experts n'ayant jamais pris la peine d'enquêter sur le terrain. Et voilà que notre bon député se soucie tout soudain du respect des religions ! Mais c'est qu'en France, il y a religion et religion, croyances et croyances, pratiques et pratiques. Qui décide de ce qui est sectaire et de ce qui ne l'est pas ? Georges Fenech et ses petits amis. Sur quelles bases ? On ne sait, aucun critère de démarcation n'ayant jamais été clairement défini. C'est donc au petit bonheur la chance : ou bien vous appartenez à une "bonne" religion (le catholicisme, par exemple) et vous n'avez rien à craindre, ou bien vous faites partie d'une "secte" (la scientologie, par exemple) et là, vous allez payer le prix fort. En même temps, Fenech porte un prénom prédestiné : saint Georges, c'est ce martyr chrétien qui a terrassé le dragon – c'est-à-dire le mal... 

"Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi." (article 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789)

Chiche, Georges. 

 

08/09/2014

Ahmed, ou le triomphe de la doxa

S'il est un travers qui caractérise la démocratisation de la culture, c'est bien celui qui consiste à donner son opinion sur tous sujets, y compris (surtout ?) sur des sujets dont on ne sait rien, en faisant comme si l'on savait. Pire, on assiste aujourd'hui, notamment en France, à une véritable inversion du rapport au savoir : plus quelqu'un possède une réelle compétence dans un domaine et moins il est écouté et suivi, au motif même de cette compétence, cette dernière étant jugée suspecte, voire infériorisante, par tous ceux qui en sont dépourvus. Bref, c'est le grand retour de l'anti-intellectualisme, du "bon sens" populaire, des préjugés de toutes sortes, cet élan s'inscrivant dans une logique de "résistance" aux puissants de notre temps. Et quelque part, ce n'est pas un mauvais calcul : comme l'écrivait David Stove, là où des êtres humains sont rassemblés sur une longue période, il est bien rare que la pensée rationnelle gagne. En un autre sens évidemment, c'est un très mauvais calcul : la connaissance, c'est le pouvoir. Et dans le domaine politique, le meilleur moyen d'asservir une population consiste à la rendre non seulement stupide, mais qui plus est fière de sa stupidité. N'est-ce pas exactement ce qui se passe actuellement, à l'heure où les "crétins" (Jean-Paul Brighelli) pullulent ?

Un fil bien ténu pour les maudits qui refusent tout à la fois de s'abêtir et de s'enfermer dans leur tour d'ivoire...

 

07/09/2014

Un volcan s'éteint, un conservateur s'éveille

Fikmonskov fait son coming out : il ne croit plus à l'existence de "la théorie du genre" et reconnaît enfin – après une longue période d'aveuglement : exemples de mes efforts pour lui dessiller les yeux ici et – qu'en toute rigueur il n'y a que des études de genre. Bon, bien sûr, le bougre ne peut pas tout lâcher non plus de sa position. C'est ainsi qu'il explique que la confusion sémantique proviendrait d'une stratégie délibérée du gouvernement : je pense pour ma part que c'est accorder bien trop de crédit à ce dernier et que l'usage de l'expression "théorie du genre" reposait sur une méconnaissance profonde des études de genre parmi les autorités mêmes qui prétendaient s'en inspirer dans leur programme. Je rajouterais que le seul fait que Najat Vallaud-Belkacem se justifie sur la question constitua une terrible erreur de stratégie politique, puisque cela a confirmé ses détracteurs dans l'idée que le projet gouvernemental consistait bel et bien à inculquer les études de genre aux enfants là où il s'agissait en réalité de promouvoir l'égalité via un dispositif pédagogique dédié qui, bien que s'appuyant sur la notion de genre – soit la distinction élémentaire entre le sexe biologique d'un individu et les rôles sociaux qu'il peut remplir –, n'avait rien à voir avec les travaux savants sur le genre proprement dits. Cette erreur de Najat Vallaud-Belkacem coûta d'ailleurs fort cher au gouvernement, puisque celui-ci préféra reculer face au délire populaire en abandonnant la généralisation prévue des "ABCD de l'égalité" dans toutes les écoles.

Autre point : Fikmonskov, sans doute soucieux de préserver son image de conservateur auprès des gens de son camp, fustige Judith Butler et en fait une "féministe radicale" et une "extrémiste du genre" dont il faudrait bien évidemment combattre la "théorie". Outre l'amusante tentative de disqualification de la philosophe juive américaine par l'usage de pseudo-concepts comme la "radicalité" et l'"extrémisme", manipulables à souhait (après tout, l'essentialisme des partisans de la loi naturelle est au moins aussi "radical" et "extrême" que le déconstructionnisme de Butler), il y a surtout, en amont, une ignorance patente de la pensée qu'elle a portée, développée et remaniée sur des années : en effet, Butler ne dit pas la même chose sur le genre au moment de la publication de son maître-ouvrage (Trouble dans le genre, 1990) que trois ans après (Ces corps qui comptent, 1993) ou près de quinze ans plus tard (Défaire le genre, 2004). Ca ne veut pas dire que les travaux de Judith Butler ne peuvent pas être critiqués, au contraire, ils doivent l'être, mais en connaissance de cause... Alors oui, Fikmonskov : formez-vous.

Enfin, je ne puis que compatir face à la tempête que notre jeune déniaisé va essuyer dans les commentaires. Ca commence déjà : pour quelques-uns lui rendant hommage pour son honnêteté intellectuelle, beaucoup d'autres le considèrent peu ou prou comme un traître à la cause ou à tout le moins comme un idiot s'étant laissé prendre au piège du camp d'en face. Le niveau redescend dramatiquement après un article certes imparfait mais tout de même de qualité et des commentaires où l'on peut lire qu'être homosexuel traduirait un refus de la masculinité, que les études de genre aboutiraient toutes à une seule et même conclusion, ou encore qu'il y aurait une identité sexuelle ancrée biologiquement que la notion de genre viendrait nier ou pervertir... Bref, les sophismes habituels : pour une personne qui fait l'effort de s'informer, quitte à remettre en cause son préjugé, combien qui choisissent de se vautrer dans leur bêtise ?

05/09/2014

Comme on fait son lit...

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