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09/07/2016

La peur au ventre

Nouveau dialogue de sourds chez Fikmonskov, cette fois-ci à propos du droit à l'IVG. Je ne m'attarderais pas sur le personnage, dont les manières parlent d'elles-mêmes : affirmations péremptoires, insultes et au final censure de tout importun ne partageant pas son intime conviction (nota bene : initialement Fikmonskov avait bloqué ma dernière réponse et la voilà qui réapparaît tout soudain ce samedi matin, sans doute suite à la découverte du présent billet...). C'est d'ailleurs bien là que le bât blesse : comme souvent, Fikmonskov n'a rien pour étayer sa position, se contentant d'user et d'abuser d'une poignée de sophismes pour donner l'illusion d'un raisonnement. Comme il est beaucoup plus facile de dire des sottises que de les dénoncer et qu'en outre mon temps est limité, je m'arrêterais sur les passages de son article les plus révélateurs à mon sens.

"Pro-avortement" Ce terme occulte d'emblée le véritable enjeu du débat, qui est celui du droit des femmes de recourir à l'IVG. Personne n'est "pour l'avortement", en revanche, nous sommes nombreux à estimer que les femmes doivent avoir le droit d'interrompre une grossesse qu'elles ne désirent pas, qui plus est dans des conditions sanitaires dignes de ce nom.

"Un être vivant à ADN humain ne peut être autre chose qu’un être humain" Ici, Fikmonskov commet un abus de langage, en confondant adjectif et substantif : que l'embryon soit vivant et humain n'implique pas qu'il soit un être vivant et a fortiori un être humain : d'un point de vue scientifique, il ne remplit tout simplement pas les conditions pour être désigné comme tel (essentiellement parce qu'il est en stricte et vitale dépendance fonctionnelle vis-à-vis du corps de la mère). Fikmonskov le sait d'ailleurs parfaitement puisqu'il distingue, pour appuyer sa pseudo-démonstration, l'œuf d'un fœtus de 4 semaines : mais si le second est "bien loin" du premier, est-il bien raisonnable de désigner les deux par le même terme ?

"Le cœur de l'enfant bat". Là, on a très clairement une tentative de susciter la pitié et/ou de culpabiliser le lecteur par l'usage du terme "enfant" au lieu de celui d'"embryon". Quant au "cœur", il s'agit en fait d'une ébauche de cœur, qui bat dans une ébauche de corps, le tout mesurant à peine 5 mm.

"Civilement, un enfant acquiert des droits au moment où il inspire pour la première fois. Sur le plan scientifique, rien ne peut expliquer que ce qui n’était pas un enfant le devienne d’un seul coup, du fait qu’il a respiré." Fikmonskov mêle deux registres différents : le scientifique et le juridique, avec en bonus un magnifique sophisme de l'homme de paille. En effet, aucun partisan du droit à l'IVG ne défend l'idée qu'on a "d'un seul coup" un enfant à la naissance, au contraire, ce sont les opposants au droit à l'IVG qui escamotent complètement le processus de gestation en établissant une relation d'identité entre un embryon et un nouveau-né. Quant au droit, Fikmonskov ne veut pas entendre qu'il s'agit d'une convention qui a largement varié à travers le temps et l'espace. Y compris au sein de l'Eglise, qui a tout de même, pendant près de huit siècles, admis l'avortement jusqu'à 80 jours après la conception sur la base d'une distinction entre fœtus animé et fœtus inanimé...

"La loi française considérait jusqu’en juin 2001 que provoquer la mort d’un enfant à naître était un cas d’homicide involontaire : « pour n’avoir pas respiré, l’enfant n’en a pas moins vécu de la vie intra-utérine ; sa mort même est la preuve de son existence antérieure » (Arrêt de Douai, 1882)". Voilà encore un de ces fantastiques raccourcis dont se sert Fikmonskov pour emporter la conviction : il "oublie" en effet de préciser que "la loi française" s'appuie sur un critère scientifique pour juger de l'homicide involontaire : le seuil de viabilité du fœtus, fixé par l'OMS à... 22 semaines d'aménorrhée (5 mois de grossesse).

"Moins d’un viol sur 100 aboutit à une grossesse" D'où Fikmonskov sort-il ce chiffre ? Mystère. Les rares études sur le sujet – dont je tiens bien volontiers les références à sa disposition – font plutôt mention d'un chiffre de 5% et précisent qu'il est probablement sous-estimé, les agressions sexuelles n'étant pas toujours, loin de là, déclarées à la police.

"Et on ne peut pas répondre à un traumatisme terrible (celui du viol) par un autre traumatisme, celui de l’avortement." Que le viol constitue un traumatisme terrible pour une femme paraît évident, en revanche, qu'une IVG soit nécessairement traumatisante ne va pas de soi. Là encore, Fikmonskov affirme sans rien démontrer, reprenant à son compte la rhétorique catholique de "la blessure insurmontable" (intitulé d'une sympathique petite fiche "Croire" à destination du bon chrétien et de la brebis égarée) et se contentant d'une anecdote à propos d'une féministe repentie pour étayer sa thèse... Faute d'étude systématique, il est impossible d'affirmer quoi que ce soit quant au caractère traumatisant d'une IVG. Il semble néanmoins raisonnable de penser que cela dépend de la sensibilité de chaque femme et du contexte (économique, familial...) dans lequel l'IVG est réalisée. Au passage, une IVG est vraisemblablement mieux vécue lorsqu'un certain miroir social ne renvoie pas à la femme concernée l'image d'une criminelle (on appréciera à ce titre le petit échange entre une femme venant témoigner de son expérience de l'IVG, Fikmonskov et un autre intervenant, tout l'arsenal des militants contre le droit à l'IVG s'y trouve condensé : tentative d'intimidation, de culpabilisation et pour finir, censure ; bref, il est difficile de tomber plus bas dans l'ignominie)... On peut aussi légitimement se demander si l'IVG est si traumatisante que ça si, comme d'aucuns le déplorent, elle se "banalise".

"Et de toute façon, aucune vie n’est écrite d’avance : un enfant peut naître dans un environnement terrible, et être plus heureux que celui qui semblait né pour avoir une vie paisible." Oui, effectivement, c'est possible, il y a toujours des exceptions. Mais pour citer Fikmonskov lui-même : "on ne base pas une argumentation, et à plus forte raison une loi, sur des cas particuliers". Or il est assez facile de montrer, études à l'appui, que même si "personne n'est complètement déterminé", le milieu dans lequel évolue un individu a une importance significative quant à son avenir : par exemple, un enfant né dans un milieu défavorisé a une probabilité beaucoup plus grande de se tourner vers la petite et grande délinquance.

"Quand on pense que quelque chose est mauvais, peu importe que ça puisse être fait ailleurs : on se doit de l’interdire à ceux qui dépendent de nous. C’est ce que doivent faire – et font – des parents. C’est ce que devraient faire des politiques." Fikmonskov n'en est pas à une contradiction près, puisque sur tout un autre sujet, celui de la prostitution, qu'il considère pourtant comme un mal, il ne se prononce pas en faveur de l'interdiction : allez comprendre. De plus, défendre une forme de gouvernement où les politiques devraient se comporter comme de "bons" parents, implique chez eux une sorte de supériorité morale leur permettant de savoir ce qui est "mauvais". Mais qui ou quoi leur conférerait cette supériorité morale ? Et l'on en revient à cette "vérité" dont Fikmonskov se prévaut sans jamais, bien sûr, la démontrer. Entendons-nous bien : Fikmonskov a tout à fait le droit de croire ce qu'il veut. Mais il n'a pas le droit, dans une société ouverte (Popper), d'imposer ce qu'il croit à ses concitoyens. 

08/03/2015

Pertes et fracas

C'est une publicité pour un dentifrice où une actrice en blouse blanche explique que le résultat prétendument obtenu n'est "pas magique mais scientifique". Toute l'arrogance de l'époque tient dans cette petite formule : comme si, après des siècles d'obscurantisme, l'humanité en avait enfin fini avec l'ignorance, la superstition et la pensée magique, précisément, pour atteindre la lumière de la pure raison. On me permettra d'avoir de gros doutes quand j'observe les agissements banals ou grandioses de mes contemporains, des lecteurs d'horoscope aux fous d'Allah en passant par les adeptes de l'homéopathie. 

C'est une entrevue d'actualité où une militante dénonce, à l'occasion de la journée internationale de la pleurniche des vagins, le "meurtre" de masse que représenterait l'avortement sélectif pratiqué dans nombre de pays du monde. Eh quoi, ma grande, faudrait savoir : ou bien l'IVG est un droit des femmes et dans ce cas on ne voit pas bien pourquoi elle deviendrait tout soudain scandaleuse lorsqu'elle s'exerce contre des fœtus féminins, ou bien l'IVG est une abomination et dès lors on ne saisit pas pourquoi les féministes ne se récrient que lorsqu'elle s'exerce contre des fœtus féminins. C'est juste une question de cohérence, tu vois.

C'est un Premier ministre qui exprime sans détours sa peur de voir le Front national prendre le pouvoir. Bien vu, Manu : le danger, aujourd'hui, en France, ce n'est pas la misère des sans-dents, ce n'est pas la violence des capuchards, des barbus et des cols blancs, ce n'est pas la submersion du territoire national sous les vagues migratoires, non, la vraie menace, c'est le péril brun incarné par une grande gueule blonde dont le discours rappelle indubitablement les heures les plus sombres de notre Histoire (© LICRA). Un chef de gouvernement témoignant d'un tel sursaut de conscience a de quoi rassurer le bon peuple.

19/02/2015

La Nature imite l'Art

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12/02/2015

Haro sur le goret

Il y a quelque chose qui me déplaît profondément dans le procès politico-médiatique intenté contre Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier – pour lequel je n'ai pourtant aucune sympathie – semble jouer le rôle de bouc émissaire, dans une sorte de grand jeu cathartique à destination de la populace (salaud de riche ! il faut qu'il paye, voire qu'il crève). On n'en fait pas autant pour le premier prolo venu qui viole une nana, quand ce n'est pas un gosse (sauf si le prolo en question est basané, où là, il est évident qu'on a affaire à un barbare). Je trouve en outre très amusant qu'on nous serve le discours féministe habituel sur la dignité des gonzesses quand au même moment sort dans les salles de cinéma une adaptation littéraire sur le sadomasochisme qui fait mouiller les gamines et les ménagères de moins de cinquante ans. Enfin, je vois d'un très mauvais œil cette tendance à confondre droit et morale, qu'il s'agisse d'aller voir une pute ou, dans un autre registre, de s'exiler fiscalement. De mes concitoyens (puissants ou misérables), je n'attends pas qu'ils partagent mes petites convictions morales, mais bien plus modestement qu'ils respectent le droit que nous avons en commun dans l'espace politique que constitue notre pays de résidence. En l'occurrence, la question n'est pas de savoir si Strauss-Kahn va passer avec succès la pesée des âmes, mais s'il a enfreint la loi.

30/01/2015

La guimauve contre-attaque !

Maurice était un apprenti terroriste lambda. (Oui, Maurice : d'après des statistiques ethniques confidentielles du ministère de l'Intérieur, il s'agissait du prénom le plus courant parmi les apprentis terroristes) Maurice avait fait de la prison, pour des délits mineurs (violences aggravées, braquages). C'est là qu'il avait été en contact avec la lumière du véritable islam, grâce à un groupe de Suédois. Maurice avait changé peu à peu : il s'était laissé pousser la barbe, ne buvait plus d'alcool, ne mangeait plus de porc et s'agenouillait en direction de La Mecque cinq fois par jour (du moins lui et ses comparses le croyaient-ils, les gardiens, taquins, leur ayant indiqué la mauvaise direction). Libéré sur parole, Maurice avait parfait ses connaissances islamiques en regardant des vidéos de décapitation en ligne. Et puis, il y avait eu les attentats de Paris. Comme tout le monde, Maurice avait regardé BFMTV. Comme certains, il avait souri en apprenant la mort de Charb et de ses acolytes : le prophète était vengé. Du coup, Maurice était encore plus motivé pour passer à l'action et attendait impatiemment le temps de son stage en Syrie. Mais c'était sans compter sur la détermination du gouvernement français : ce dernier avait en effet très vite pris les choses en main en organisant une manifestation qui resterait dans l'Histoire, la marche des Bisounours. Devant le spectacle de tous ces gens descendus dans la rue pour brandir le slogan "Je suis Charlie" (© Joachim Roncin), Maurice avait commencé à douter : et s'il faisait fausse route ? Pour se rassurer, Maurice était allé sur Internet. Mais au lieu de visiter ses sites habituels, il avait tapé "djihadisme" sur Google et avait lu, comme premier résultat de recherche, "Tous contre le terrorisme - stop-djihadisme.gouv.fr‎", avec en sous-titre : "le Gouvernement renforce son dispositif de lutte anti-terroriste". Et soudain, Maurice avait tremblé. Mu par une force irrésistible, il avait cliqué sur le lien. Et là, tout avait basculé. Maurice avait appris comment "décrypter la propagande terroriste en vidéo" et avait découvert, atterré, qu'il avait été la victime d'un odieux processus de "radicalisation violente" : tout son idéal n'était que mensonge... Alors, Maurice avait pleuré. Après plusieurs jours de prostration dans son petit appartement de banlieue, Maurice avait décidé de consulter une spécialiste : Dounia Bouzar, experte ès maraboutisme. Avec elle, à raison de plusieurs séances hebdomadaires, il avait fini par extirper le démon djihadiste de son âme.

Aux dernières nouvelles, Maurice travaille comme videur dans une boîte de nuit de la capitale. Il a laissé son obscur passé derrière lui pour fonder une famille : il attend désormais un enfant conçu avec Gérard, épousé en première noce.