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04/06/2017

La charge du beauf

Fikmonskov est tout courroucé : une greluche féministe aurait pondu une nouvelle sottise pour emmerder les bonhommes la charge mentale. Comme souvent, Fikmonskov réagit promptement, mais réfléchit peu. En fait de nouveauté, la notion de charge mentale a plus de 30 ans d'existence. Empruntée à l'ergonomie, elle ne sort pas de l'imagination délirante d'une chienne de garde hystérique : dans La gestion ordinaire de la vie en deux (1984), la sociologue Monique Haicault analyse, à partir de données variées (entretiens, photos, films), la gestion quotidienne du travail salarié et du travail domestique (la fameuse "double journée") et montre combien cette gestion se révèle spécifique de la place des femmes dans les rapports sociaux de sexe. Fikmonskov passe en cela complètement à côté du sujet : il ne s'agit pas de dire que les hommes n'ont aucune charge mentale, mais de montrer que les femmes ont une charge mentale caractéristique d'un rapport social genré, la sphère domestique demeurant dans ce cadre "leur" domaine réservé. Pour appuyer son propos, Fikmonskov s'est donné comme caution morale une "spécialiste", Valérie de Minvielle, qui explique tout sourire que si elle souscrit à la notion de charge mentale, elle ne partage pas la conclusion qu'en tire Emma la vilaine féministe. Le problème de la charge mentale serait en effet à chercher tout bêtement chez les femmes elles-mêmes, trop "perfectionnistes" et incapables de "lâcher du lest", face à des hommes dont il faudrait "s'inspirer" pour que tout s'arrange. Bref, en bonne psychologue clinicienne, Madame de Minvielle commet ce qu'on appelle en psychologie sociale l'erreur fondamentale d'attribution qui consiste à expliquer des comportements individuels par les dispositions des agents (ici, les femmes, leurs supposés choix et en amont, leur présumée nature), au mépris de déterminants situationnels (comme l'assignation des rôles selon le sexe des individus dans une société donnée). La réaction de Fikmonskov est à ce titre exemplaire de cette erreur, puisqu'il prend pour une attaque contre les hommes ce qui relève d'une critique des représentations de genre à l’œuvre dans notre société. Ces représentations ne sont pas le fruit d'un complot masculin, mais résultent d'un mode complexe de production et de reproduction qui constitue précisément l'objet d'analyse des sociologues. Les rapports sociaux qui en découlent ne sont pas gravés dans le marbre, mais peuvent changer d’intensité, se durcir ou se relâcher selon les périodes historiques, les actions collectives et l’état des autres rapports sociaux auxquels ils sont imbriqués. Loin de toutes ces considérations, Fikmonskov nous assure, dans le fil de discussion de son articulet, que sa réaction est parfaitement "normale et naturelle" et propre à "tout homme", pas moins. Non content de parler à la place de son épouse – dont on aurait aimé savoir si "ça marche" si bien que ça –, il parle aussi à la place de tous les hommes, réduits à une caricature de Cabu.

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