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13/02/2017

Vie et mort d'un "philosophe"

Ce qu'il y a de bien avec Michel Onfray, c'est qu'il ne déçoit jamais. De passage chez Ruquier pour la promotion de son nouveau livre, Michel a enchaîné les sottises pendant près d'une heure. S'adressant à un public – animateur et chroniqueurs compris – dont il savait pertinemment l'inculture crasse, il n'a jamais encouru le risque d'être contredit. N'ayant pas le temps de revenir sur toutes les énormités proférées par Michel, j'en retiendrais trois. Enormité n°1 : Jésus n'a jamais existé. Michel reprend ici la vieille thèse mythiste qui n'a pourtant plus cours depuis belle lurette dans le monde de la recherche académique, mais à laquelle s'accrochent une poignée de pseudo-rationalistes. Si Michel avait fait ses devoirs, il aurait étudié les travaux de John Paul Meier (2004, 2005, 2009) ou encore de Martin Hengel et Anna Maria Schwemer (2007) et découvert que Jésus est probablement l'un des personnages dont l'existence historique est la plus attestée. Enormité n°2 : Pie XII aurait été le "pape d'Hitler". Là on se dit que Michel s'est contenté de regarder le célèbre film de Costa Gavras (Amen, 2002), dont la pertinence historique a été contestée par tous les historiens de la planète. Mais qu'importe : Michel a une fois de plus craché sur l'Eglise catholique, avec la bénédiction du PAF. Il apparaît toutefois bon de rappeler que Pie XII, loin d'avoir collaboré avec le nazisme, a au contraire sauvé la vie de centaines de milliers de Juifs, ce qui lui vaudra, entre autres, la reconnaissance du Congrès juif mondial, la proclamation, par l'Union des communautés juives d'Italie, du 17 avril comme jour de gratitude, ou encore, après sa mort, les remerciements de Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères d'Israël... Enormité n°3 : Michel Onfray ne serait pas réactionnaire. Après lui avoir passé la pommade pendant les trois-quart de l'entretien, les chroniqueurs de l'émission – Vanessa Burggraf et Yann Moix pour ne pas les citer – ont tout de même eu le courage insensé de faire remarquer à Michel que le titre de son bouquin ("Décadence") fleurait bon le parti de la Réaction et de lui demander, ce qui, d'après lui, témoignait de cette décadence dans notre société. Et Michel de prendre l'exemple, carbonisé chez les réactionnaires, de l'art, qui aurait commencé à péricliter avec la Fontaine de Duchamp (1917) pour atteindre le summum de l'absurde avec la Merde d'Artiste de Manzoni (1961). Michel, pris en flagrant délit de déclinisme, a tenté de se rattraper en expliquant qu'il ne portait pas de jugement de valeur et qu'il poussait même le vice jusqu'à aider des artistes contemporains : mais pourquoi diable parler de décadence en ce cas, cher Michel ? Le penseur d'Argentan a gardé le meilleur pour la fin : après avoir vilipendé le christianisme tout du long, Michel prend son affaiblissement dans la vieille Europe comme autre exemple de décadence... pour aussitôt enchaîner en disant que l'islam viendra occuper la place laissée vacante mais que là non plus, il ne porte pas de jugement de valeur et que tout ça, "c'est très bien" [sic]. Ben voyons, Michel, ce n'est pas comme si tu avais écris un pavé malhonnête contre la religion des mahométans, hein (Penser l'islam, 2016).

Michel Audiard avait raison : il y en a qui osent tout.

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