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12/02/2015

Haro sur le goret

Il y a quelque chose qui me déplaît profondément dans le procès politico-médiatique intenté contre Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier – pour lequel je n'ai pourtant aucune sympathie – semble jouer le rôle de bouc émissaire, dans une sorte de grand jeu cathartique à destination de la populace (salaud de riche ! il faut qu'il paye, voire qu'il crève). On n'en fait pas autant pour le premier prolo venu qui viole une nana, quand ce n'est pas un gosse (sauf si le prolo en question est basané, où là, il est évident qu'on a affaire à un barbare). Je trouve en outre très amusant qu'on nous serve le discours féministe habituel sur la dignité des gonzesses quand au même moment sort dans les salles de cinéma une adaptation littéraire sur le sadomasochisme qui fait mouiller les gamines et les ménagères de moins de cinquante ans. Enfin, je vois d'un très mauvais œil cette tendance à confondre droit et morale, qu'il s'agisse d'aller voir une pute ou, dans un autre registre, de s'exiler fiscalement. De mes concitoyens (puissants ou misérables), je n'attends pas qu'ils partagent mes petites convictions morales, mais bien plus modestement qu'ils respectent le droit que nous avons en commun dans l'espace politique que constitue notre pays de résidence. En l'occurrence, la question n'est pas de savoir si Strauss-Kahn va passer avec succès la pesée des âmes, mais s'il a enfreint la loi.

Commentaires

Tout à fait d'accord avec votre conclusion. C'est le grand problème de notre justice (et donc de notre société) que de la rendre, non plus sur l'interprétation de la loi ou, à défaut de jurisprudence bien établie sur son esprit, mais sur l'opinion publique ou autre courant d'air politique et/ou médiatique. Sachant qu'une loi n'est jamais gravée dans le marbre et que si elle doit être créée ou modifiée, ces processus réclament plus d'une génération de réflexion (au moins un quart de siècle quoi) et non pas un quinquénat de fortune. Et ce, particulièrement pour tout ce qui concerne les libertés individuelles. On en en arrive aujourd'hui à foutre en taule des gens sur leurs mots prononcés et à traiter différemment un crachât dans la figure d'un juif, d'un noir, d'un auvergnat blasonné ou d'un corse musulman. Et on convoque au commissariat des gosses de huit ans.
Oui ainsi, comme dit qui vous savez, ce pays est foutu !
Bien à vous.

Écrit par : Martin.Lothar | 12/02/2015

Il y a un excellent texte du très droitier et néanmoins très juste Eric Delcroix, avocat de son état, sur ce glissement du droit vers une nouvelle Inquisition : "Le théâtre de Satan" (2002). Si vous ne l'avez déjà lu, je vous le recommande.

Écrit par : Agg | 13/02/2015

Non, je ne connaissais pas, mais j'ai bien noté. Merci. Du reste, mais je sais plus s'il est encore "à la mode de chez nous" j'ai le souvenir d'un "Flexible droit" signé d'un certain Doyen Carbonnier et qui fut la bible, sinon l'évangile de plusieurs générations de basochards. Je l'ai toujours dans ma bibliothèque et j'ai bon espoir un jour, d'avoir enfin le temps de le ré-virguler à plaisir... Bien à vous.

Écrit par : Martin.Lothar | 14/02/2015

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