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28/12/2014

Snobisme et croissant chaud

Il est des railleries qui frisent le négationnisme. C'est ainsi que tel néo-philosophe "balnéaire" (c'est-à-dire, littéralement, dont le cerveau prend l'eau) se livre à un rapide bilan comptable des boucheries de civilisation pour en conclure que l'islamique n'arrive pas en tête de classement et n'a de surcroît aucun crime contre l'humanité à se reprocher. Outre que les crimes des uns n'effacent pas ceux des autres, il semble que Monsieur Schiffter n'ait jamais entendu parler de la traite orientale, pour laquelle les muslims ne furent pas en reste et c'est peu dire. Alors bien sûr, comme les barbus ne tenaient pas de registre, cela complique quelque peu la tâche des historiens. Mais si les estimations varient, il est indubitable que les victimes se chiffrent en millions et que la fête a duré quatorze siècles. On attend d'ailleurs toujours le moindre acte de repentance de la part des mahométans... qui continuent de nos jours à réduire des populations entières en esclavage : on suggère au surfeur des pâquerettes d'aller faire un tour en Mauritanie ou en Ouzbékistan, juste pour voir. Et puis, à l'heure où une organisation terroriste se lève en instaurant un califat sur les territoires qu'elle occupe, promet de conquérir l'Europe et se désigne elle-même sous le nom d'"Etat islamique", il faut une sacrée dose d'aveuglement pour ne pas comprendre que l'islam va très bientôt poser un problème majeur au monde. C'est une chose de ne pas tout mélanger et de ne pas faire de tout musulman un égorgeur qui s'ignore, c'en est une autre de faire comme s'il ne se passait rien et de sous-estimer l'ennemi qui campe devant soi. Apparemment, Monsieur Schiffter croit dur comme fer à un deus ex machina freudien qui transformerait les fous d'Allah en adeptes du divan. Mais pour paraphraser le maître viennois, je crains que dans le rêve d'un djihadiste, le cigare d'un infidèle ne représente qu'un cigare – à couper.

24/12/2014

Oui-Oui au Vatican

Le Pape vient de faire une terrible découverte : la Curie est malade. Et attention, on ne vous parle pas de la grippe saisonnière, hein. Non, le bon docteur François a diagnostiqué chez ses collaborateurs un mal infiniment plus grave et dévastateur, un virus à côté duquel Ebola passe pour un simple rhume, un véritable fléau : l'humanité. La liste (ici non exhaustive) des symptômes est impressionnante : narcissisme, carriérisme, opportunisme, insensibilité, médisance, etc. Le remède ? Un solide examen de conscience et, en cas de coup dur, un appel sur la ligne directe de la Vierge Marie. Sans surprise, côté médias mainstream, on trouve ça génial, certains allant même jusqu'à préconiser que Flanby s'inspire de l'évêque de Rome pour réformer le pays. Pour ma part, je me dis que le christianisme est décidément un progressisme qui ne dit pas son nom, avec cette idée que l'homme ne vaut jamais que par l'idéal qu'il pourrait atteindre... s'il n'était plus homme, précisément. Maintenant, d'un point de vue marketing, la stratégie du Pape me semble excellente : on a enfin compris, au Vatican, qu'il fallait délaisser le moralisme poussiéreux et vendre une expérience, façon dealer du coin. "Kérygme, kérygme !" s'exclament les nouveaux toxicos. On se croirait revenu au tout début de l'histoire, dans la version hallucinée du christianisme, où les premiers dévots contestaient tout : le monde, le siècle, la société. Que ce révolutionnarisme universel soit à présent porté par les héritiers de ceux qui, pendant longtemps, l'ont soigneusement étouffé, a quelque chose de profondément ironique. Joseph de Maistre expliquait que l'Evangile hors de l'Eglise était un poison : il ne se doutait pas que les catholiques de notre temps seraient prêts à le boire jusqu'à la lie. 

20/12/2014

Faut-il déporter Eric Zemmour ?

Je trouve la dernière affaire Zemmour en date particulièrement intéressante, car elle me semble révélatrice de deux travers qui fondent et sclérosent le débat dans notre pays :

- Le manichéisme. Loin de stimuler une authentique réflexion sur le thème abordé par le chroniqueur, cette nouvelle affaire Zemmour voit l'opposition entre deux sectarismes. En effet, pour les partisans de Zemmour, ce dernier est victime d'une cabale perpétrée par une certaine police politico-médiatique parce qu'il ose parler des sujets qui fâchent. Pour ses adversaires, Zemmour est le héraut d'une pensée xénophobe qu'il convient de mettre au ban. Il ne vient apparemment à l'idée de personne que cela puisse être à la fois l'un et l'autre. Victime, Zemmour l'est assurément : depuis que le stalinien Mélenchon a lancé l'assaut, les plaintes se multiplient contre le journaliste et l'on a appris hier qu'il était carrément viré d'i-Télé. Mais dans le même temps, Zemmour incarne effectivement une forme récente de xénophobie qui a le vent en poupe et qui consiste à transformer les musulmans français en ennemis de l'intérieur n'attendant rien tant que l'occasion d'égorger les "vrais" Français, c'est-à-dire, pour reprendre un mot du général de Gaulle, les Français "de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne". Zemmour ne dit pas "certains musulmans", dont il analyserait par après les caractéristiques comme on l'attendrait d'un intellectuel digne de ce nom. Non, il dit "les musulmans", désignant ainsi à la vindicte publique une catégorie entière de la population française, comme s'il s'agissait d'un bloc monolithique et sans plus d'explication. Cela m'amène à mon second point.

- Le réalisme naïf. C'est ce qui me gêne le plus chez Zemmour : cette prétention à décrire le réel, de manière objective et exclusive, à partir d'un hypothétique "point de vue de nulle part". C'est oublier que loin d'être des sujets contemplant la réalité de l'extérieur, nous en sommes au contraire des acteurs-participants. Lorsque Zemmour fait sienne la thèse d'un "choc des civilisations" en stigmatisant "les musulmans", il contribue, qu'il le veuille ou non, à faire émerger une représentation sociale de l'islam réduit à l'islamisme qui a des effets sur l'ensemble des individus, à commencer par nombre de musulmans français qui se contentent pourtant de travailler, payer leurs impôts, s'occuper de leurs gosses et pratiquer leur culte sans ennuyer personne et qui n'en demandaient probablement pas tant. Il ne s'agit pas d'affirmer sottement que Zemmour est la cause d'une montée de l'islamisme en France, mais que son discours, si populaire aujourd'hui (le grand argument de notre homme pour asseoir sa crédibilité, d'ailleurs : il vend des livres ! Valérie Trierweiler aussi...) est certainement le plus beau cadeau qui puisse être fait aux islamistes, en les reconnaissant comme les promoteurs du "véritable" islam – et par là le meilleur moyen de précipiter pour de bon un "choc des civilisations", l'islamisme des uns appelant le christianisme retrouvé des autres, en un magnifique cercle vicieux.

11/12/2014

Le vent souffle où il veut

Une discussion récente chez Franck Boizard m'a rappelé l'une des raisons pour lesquelles je suis athée : pour ne jamais devenir comme ces croyants innombrables à l'âme emmurée qui semblent bien décidés à enfermer le reste du monde dans leur geôle de tristesse. Comment prendre au sérieux quelqu'un qui vous parle de spiritualité en vous crachant au visage ? Quel crédit accorder à cet autre qui décrète la vérité et l'erreur tel un petit dieu juché sur sa falaise ? Quelle confiance donner à ce troisième qui voudrait fixer un cadre pour la vie comme si cette dernière était une nature morte accrochée dans le salon ?

Où se cachent les témoins de l'amour et de la lumière ?

Une petite annonce imaginaire : humain en chemin cherche compagnons de route.
Toujours pas de réponse.

06/12/2014

La vérité à la lettre (2)

Ce qu'il y a de bien avec Onfray, c'est qu'il constitue une source permanente de divertissement. C'est ainsi que seulement un mois après avoir fait l'apologie de la "subtilité dialectique" contre la "pensée binaire" qui domine notre temps, il pond une chronique dans laquelle il se livre une nouvelle fois à sa passion furieuse du manichéisme. Cependant, Michel, à défaut d'être philosophe, flaire les bons coups médiatiques et tire donc sur les cibles à la mode : en particulier, l'islam et Freud.

Sur l'islam, Michel nous donne une explication confondante de naïveté, explication qu'il prend en outre soin de souligner : il suffit de lire le Coran, nous dit-il, pour y trouver des sourates "antisémites, misogynes, homophobes, belliqueuses, agressives". Pas un seul instant Michel ne se demande comment lire le texte coranique. En l'occurrence, il existe en islam une véritable science de l'interprétation du Coran, qui distingue jusqu'à sept niveaux de signification pour chaque verset et en reconnaît basiquement quatre... De plus, les musulmans ne se fondent pas uniquement sur le Coran, mais également sur les hadiths renvoyant à l'ensemble des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons, considérés comme des principes de gouvernance personnelle et collective. Enfin, Michel lui-même revendique cette "lecture littéraliste" des versets du Coran, en désignant dans le même temps les musulmans qui s'en réclament : les salafistes. Mais qui sont les salafistes sinon des musulmans prônant une interprétation particulière du Coran qui fait l'objet d'une vive critique au sein du monde musulman ? Mais alors, est-il bien raisonnable d'affirmer qu'il suffit de lire le Coran pour en découvrir le sens, supposé unique et sans équivoque ?

Sur Freud, à présent. Michel prétend avoir "tout lu" du maître viennois en quelques mois et n'en a étrangement retenu qu'un torrent de boue. A l'analyse – si j'ose dire – le réquisitoire de Michel évoque franchement le dépit amoureux : ainsi qu'en témoignent nombre de ses ouvrages et comme il le raconte lui-même dans son Crépuscule, il a cru pendant des années aux "cartes postales freudiennes", avant de découvrir un beau matin qu'il avait été floué. Mais au lieu d'en profiter pour faire une critique raisonnée de la psychanalyse, Michel a simplement troqué ses clichés d'antan contre leurs négatifs, obtenant dès lors le portrait d'un "Freud menteur, affabulateur, inventant des cas, prétendant les avoir guéris, compagnon de route des fascistes, avouant que la psychanalyse ne fonctionne pas, qu’elle est, selon son expression, « un blanchiment de nègres », dédicaçant élogieusement un livre à Mussolini, etc.", la violence du déboulonnage de l'idole freudienne étant à la hauteur de l'idolâtrie onfrayienne passée. Et là encore, sur quoi s'appuie Michel pour commettre son forfait ? Sur cette fameuse "lecture littéraliste"... d'un auteur dont les travaux ont pourtant suscité maintes interprétations et développements. Par exemple, quand Michel parle de guérison, il ne se demande pas une seconde si la conception médicale de cette notion s'applique bien aux névroses : s'agit-il, pour un malade, de revenir à un état antérieur, à la manière de la fièvre qui tombe ? Bien sûr, Michel, qui porte sa normalité en bandoulière et semble ignorer les intenses débats au sein du monde psy autour de cette question, notamment, n'en a cure – si j'ose dire (bis). La légende veut qu'en 1938, Freud aurait ajouté une mention manuscrite à la décharge que la Gestapo lui demandait de signer afin de pouvoir quitter Vienne : "Ich kann die Gestapo jedermann auf das beste empfehlen" ("Je puis chaudement recommander la Gestapo à tous"). Je n'ose songer à ce que Michel qui, seul parmi les illettrés, sait lire, aurait déduit de ce mot d'esprit du vieil homme, s'il n'était pas apocryphe !