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20/12/2014

Faut-il déporter Eric Zemmour ?

Je trouve la dernière affaire Zemmour en date particulièrement intéressante, car elle me semble révélatrice de deux travers qui fondent et sclérosent le débat dans notre pays :

- Le manichéisme. Loin de stimuler une authentique réflexion sur le thème abordé par le chroniqueur, cette nouvelle affaire Zemmour voit l'opposition entre deux sectarismes. En effet, pour les partisans de Zemmour, ce dernier est victime d'une cabale perpétrée par une certaine police politico-médiatique parce qu'il ose parler des sujets qui fâchent. Pour ses adversaires, Zemmour est le héraut d'une pensée xénophobe qu'il convient de mettre au ban. Il ne vient apparemment à l'idée de personne que cela puisse être à la fois l'un et l'autre. Victime, Zemmour l'est assurément : depuis que le stalinien Mélenchon a lancé l'assaut, les plaintes se multiplient contre le journaliste et l'on a appris hier qu'il était carrément viré d'i-Télé. Mais dans le même temps, Zemmour incarne effectivement une forme récente de xénophobie qui a le vent en poupe et qui consiste à transformer les musulmans français en ennemis de l'intérieur n'attendant rien tant que l'occasion d'égorger les "vrais" Français, c'est-à-dire, pour reprendre un mot du général de Gaulle, les Français "de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne". Zemmour ne dit pas "certains musulmans", dont il analyserait par après les caractéristiques comme on l'attendrait d'un intellectuel digne de ce nom. Non, il dit "les musulmans", désignant ainsi à la vindicte publique une catégorie entière de la population française, comme s'il s'agissait d'un bloc monolithique et sans plus d'explication. Cela m'amène à mon second point.

- Le réalisme naïf. C'est ce qui me gêne le plus chez Zemmour : cette prétention à décrire le réel, de manière objective et exclusive, à partir d'un hypothétique "point de vue de nulle part". C'est oublier que loin d'être des sujets contemplant la réalité de l'extérieur, nous en sommes au contraire des acteurs-participants. Lorsque Zemmour fait sienne la thèse d'un "choc des civilisations" en stigmatisant "les musulmans", il contribue, qu'il le veuille ou non, à faire émerger une représentation sociale de l'islam réduit à l'islamisme qui a des effets sur l'ensemble des individus, à commencer par nombre de musulmans français qui se contentent pourtant de travailler, payer leurs impôts, s'occuper de leurs gosses et pratiquer leur culte sans ennuyer personne et qui n'en demandaient probablement pas tant. Il ne s'agit pas d'affirmer sottement que Zemmour est la cause d'une montée de l'islamisme en France, mais que son discours, si populaire aujourd'hui (le grand argument de notre homme pour asseoir sa crédibilité, d'ailleurs : il vend des livres ! Valérie Trierweiler aussi...) est certainement le plus beau cadeau qui puisse être fait aux islamistes, en les reconnaissant comme les promoteurs du "véritable" islam – et par là le meilleur moyen de précipiter pour de bon un "choc des civilisations", l'islamisme des uns appelant le christianisme retrouvé des autres, en un magnifique cercle vicieux.

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