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06/12/2014

La vérité à la lettre (2)

Ce qu'il y a de bien avec Onfray, c'est qu'il constitue une source permanente de divertissement. C'est ainsi que seulement un mois après avoir fait l'apologie de la "subtilité dialectique" contre la "pensée binaire" qui domine notre temps, il pond une chronique dans laquelle il se livre une nouvelle fois à sa passion furieuse du manichéisme. Cependant, Michel, à défaut d'être philosophe, flaire les bons coups médiatiques et tire donc sur les cibles à la mode : en particulier, l'islam et Freud.

Sur l'islam, Michel nous donne une explication confondante de naïveté, explication qu'il prend en outre soin de souligner : il suffit de lire le Coran, nous dit-il, pour y trouver des sourates "antisémites, misogynes, homophobes, belliqueuses, agressives". Pas un seul instant Michel ne se demande comment lire le texte coranique. En l'occurrence, il existe en islam une véritable science de l'interprétation du Coran, qui distingue jusqu'à sept niveaux de signification pour chaque verset et en reconnaît basiquement quatre... De plus, les musulmans ne se fondent pas uniquement sur le Coran, mais également sur les hadiths renvoyant à l'ensemble des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons, considérés comme des principes de gouvernance personnelle et collective. Enfin, Michel lui-même revendique cette "lecture littéraliste" des versets du Coran, en désignant dans le même temps les musulmans qui s'en réclament : les salafistes. Mais qui sont les salafistes sinon des musulmans prônant une interprétation particulière du Coran qui fait l'objet d'une vive critique au sein du monde musulman ? Mais alors, est-il bien raisonnable d'affirmer qu'il suffit de lire le Coran pour en découvrir le sens, supposé unique et sans équivoque ?

Sur Freud, à présent. Michel prétend avoir "tout lu" du maître viennois en quelques mois et n'en a étrangement retenu qu'un torrent de boue. A l'analyse – si j'ose dire – le réquisitoire de Michel évoque franchement le dépit amoureux : ainsi qu'en témoignent nombre de ses ouvrages et comme il le raconte lui-même dans son Crépuscule, il a cru pendant des années aux "cartes postales freudiennes", avant de découvrir un beau matin qu'il avait été floué. Mais au lieu d'en profiter pour faire une critique raisonnée de la psychanalyse, Michel a simplement troqué ses clichés d'antan contre leurs négatifs, obtenant dès lors le portrait d'un "Freud menteur, affabulateur, inventant des cas, prétendant les avoir guéris, compagnon de route des fascistes, avouant que la psychanalyse ne fonctionne pas, qu’elle est, selon son expression, « un blanchiment de nègres », dédicaçant élogieusement un livre à Mussolini, etc.", la violence du déboulonnage de l'idole freudienne étant à la hauteur de l'idolâtrie onfrayienne passée. Et là encore, sur quoi s'appuie Michel pour commettre son forfait ? Sur cette fameuse "lecture littéraliste"... d'un auteur dont les travaux ont pourtant suscité maintes interprétations et développements. Par exemple, quand Michel parle de guérison, il ne se demande pas une seconde si la conception médicale de cette notion s'applique bien aux névroses : s'agit-il, pour un malade, de revenir à un état antérieur, à la manière de la fièvre qui tombe ? Bien sûr, Michel, qui porte sa normalité en bandoulière et semble ignorer les intenses débats au sein du monde psy autour de cette question, notamment, n'en a cure – si j'ose dire (bis). La légende veut qu'en 1938, Freud aurait ajouté une mention manuscrite à la décharge que la Gestapo lui demandait de signer afin de pouvoir quitter Vienne : "Ich kann die Gestapo jedermann auf das beste empfehlen" ("Je puis chaudement recommander la Gestapo à tous"). Je n'ose songer à ce que Michel qui, seul parmi les illettrés, sait lire, aurait déduit de ce mot d'esprit du vieil homme, s'il n'était pas apocryphe !

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