Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/09/2014

Did Monique say yes ?

Si les Etats-Unis sont souvent précurseurs dans des domaines de pointe, ils le sont également dans les lois imbéciles. C'est ainsi que dans l'Etat de Californie vient d'être promulguée une loi imposant le consentement explicite entre partenaires sexuels sur les campus universitaires, "afin de protéger les jeunes femmes du viol". Je me demande bien en quoi cette loi protège les jeunes femmes dans la mesure où un violeur est par définition quelqu'un qui se contrefout du consentement de sa victime, voire tire du plaisir de son contraire. En outre, cette loi témoigne à mon sens d'une naïveté – pour ne pas dire d'un aveuglement – psychologique révélatrice de l'idéologie de la transparence à l'américaine : une relation amoureuse ou sexuelle ne se noue jamais explicitement, mais à partir de ce que Lacan appelait le "cafouilleux" de la réalité humaine, soit tout ce qui constitue le désir, dont les lois ne sont justement pas celles du contrat. Plutôt que d'alourdir inutilement l'arsenal répressif, ne serait-il pas plus judicieux d'éduquer les jeunes gens à cette sphère de l'intime ?

18/09/2014

La vérité à la lettre

Je ne sais s'il faut rire ou pleurer de ce tourbillon qui s'est levé autour des propos d'Emmanuel Macron, lors de son interview par Jean-Pierre Elkabbach, sur Europe 1, hier matin ([7:50]). Cette nouvelle "affaire" illustre parfaitement à mon sens combien nombre de gens traitent aujourd'hui l'information de manière superficielle : en l'occurrence, il y a d'un côté les sémantophobes qui s'offusquent parce que le ministre de l'Economie a osé parler d'"illettrées", comme s'il s'agissait d'une insulte... et il y a de l'autre côté les marchands de certitude qui estiment que Macron a exprimé la vérité-vraie, sans même prendre le temps de vérifier son allégation (y a-t-il vraiment un problème d'illettrisme chez les salariées de Gad ? si oui, dans quelles proportions et à partir de quelle enquête les chiffres ont-ils été établis ?) et au-delà de réfléchir à la pertinence de l'évocation de cet élément particulier au regard de la problématique complexe du reclassement (l'illettrisme en constitue-t-il l'obstacle principal ou ne relèverait-il pas plutôt d'un alibi commode pour ne pas parler des choses qui fâchent, comme, au hasard, l'inefficacité patente de la formation professionnelle ou encore l'ampleur de la discrimination liée à l'âge ?).

En attendant un débat de qualité dans notre pays...

12/09/2014

L'irresponsabilité pour tous

Lu un petit article dans L'Express qui me semble typique de la mentalité de notre époque. J'y apprends en effet que l'enseigne de restauration rapide Quick propose désormais une formule dans laquelle les boissons – des sodas pour l'essentiel – sont à volonté. Et l'auteur de nous avertir du "danger" que représenterait cette nouvelle offre, de nombreuses études scientifiques ayant démontré le lien entre la consommation de sodas et le surpoids. Ce qu'oublie de dire notre journaliste, c'est que ce risque probabiliste (on ne devient en effet pas nécessairement obèse en consommant des sodas, on augmente simplement la probabilité de le devenir...) n'existe qu'en tant que les individus ne maîtrisent pas leur consommation de sodas. Alors je veux bien admettre que les sodas contribuent (dans quelles proportions ? dans quel cadre ? mystère...) à "flouter la sensation de faim et de satiété", il n'empêche que cela reste l'affaire de chacun de gérer son alimentation et qu'il n'est pas besoin d'être diététicien pour comprendre que se gaver de sucre ne constitue vraisemblablement pas le meilleur régime.

Certains dénoncent l'individualisme rampant de notre société : j'observe quant à moi un collectivisme de plus en plus prégnant où l'individu se trouve réduit à un automate, obéissant à des schémas simplistes de conditionnement. Pour faire son bonheur, il suffirait donc de trouver les bons réglages, décidés collégialement par un groupe de programmeurs omniscients.

11/09/2014

La mauvaise foi des démons

J'ai failli tomber de ma chaise en entendant Georges Fenech se scandaliser de la profanation de lieux de culte par les FEMEN ([02:01]). Georges Fenech, c'est quand même ce type qui, depuis des années, harcèle des milliers de citoyens français au seul prétexte qu'ils appartiennent à une minorité spirituelle ou une autre étiquetée "secte" par une mission de pseudo-experts n'ayant jamais pris la peine d'enquêter sur le terrain. Et voilà que notre bon député se soucie tout soudain du respect des religions ! Mais c'est qu'en France, il y a religion et religion, croyances et croyances, pratiques et pratiques. Qui décide de ce qui est sectaire et de ce qui ne l'est pas ? Georges Fenech et ses petits amis. Sur quelles bases ? On ne sait, aucun critère de démarcation n'ayant jamais été clairement défini. C'est donc au petit bonheur la chance : ou bien vous appartenez à une "bonne" religion (le catholicisme, par exemple) et vous n'avez rien à craindre, ou bien vous faites partie d'une "secte" (la scientologie, par exemple) et là, vous allez payer le prix fort. En même temps, Fenech porte un prénom prédestiné : saint Georges, c'est ce martyr chrétien qui a terrassé le dragon – c'est-à-dire le mal... 

"Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi." (article 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789)

Chiche, Georges. 

 

08/09/2014

Ahmed, ou le triomphe de la doxa

S'il est un travers qui caractérise la démocratisation de la culture, c'est bien celui qui consiste à donner son opinion sur tous sujets, y compris (surtout ?) sur des sujets dont on ne sait rien, en faisant comme si l'on savait. Pire, on assiste aujourd'hui, notamment en France, à une véritable inversion du rapport au savoir : plus quelqu'un possède une réelle compétence dans un domaine et moins il est écouté et suivi, au motif même de cette compétence, cette dernière étant jugée suspecte, voire infériorisante, par tous ceux qui en sont dépourvus. Bref, c'est le grand retour de l'anti-intellectualisme, du "bon sens" populaire, des préjugés de toutes sortes, cet élan s'inscrivant dans une logique de "résistance" aux puissants de notre temps. Et quelque part, ce n'est pas un mauvais calcul : comme l'écrivait David Stove, là où des êtres humains sont rassemblés sur une longue période, il est bien rare que la pensée rationnelle gagne. En un autre sens évidemment, c'est un très mauvais calcul : la connaissance, c'est le pouvoir. Et dans le domaine politique, le meilleur moyen d'asservir une population consiste à la rendre non seulement stupide, mais qui plus est fière de sa stupidité. N'est-ce pas exactement ce qui se passe actuellement, à l'heure où les "crétins" (Jean-Paul Brighelli) pullulent ?

Un fil bien ténu pour les maudits qui refusent tout à la fois de s'abêtir et de s'enfermer dans leur tour d'ivoire...