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30/09/2014

Did Monique say yes ?

Si les Etats-Unis sont souvent précurseurs dans des domaines de pointe, ils le sont également dans les lois imbéciles. C'est ainsi que dans l'Etat de Californie vient d'être promulguée une loi imposant le consentement explicite entre partenaires sexuels sur les campus universitaires, "afin de protéger les jeunes femmes du viol". Je me demande bien en quoi cette loi protège les jeunes femmes dans la mesure où un violeur est par définition quelqu'un qui se contrefout du consentement de sa victime, voire tire du plaisir de son contraire. En outre, cette loi témoigne à mon sens d'une naïveté – pour ne pas dire d'un aveuglement – psychologique révélatrice de l'idéologie de la transparence à l'américaine : une relation amoureuse ou sexuelle ne se noue jamais explicitement, mais à partir de ce que Lacan appelait le "cafouilleux" de la réalité humaine, soit tout ce qui constitue le désir, dont les lois ne sont justement pas celles du contrat. Plutôt que d'alourdir inutilement l'arsenal répressif, ne serait-il pas plus judicieux d'éduquer les jeunes gens à cette sphère de l'intime ?

Commentaires

C'est drôle. Parce que lors d'une de nos discussions antérieures (http://lehutinmalgrelui.hautetfort.com/archive/2014/07/13/azazel.html#comments), je décrivais justement ce type de dérive qui découle très logiquement de l'idéologie libertarienne que vous soutenez.

En réalité, vous devriez être ravi : ne m'avez vous pas répété sur tous les tons que la merveilleuse société libérale reposait sur la notion de contrat, même implicite dans les rapports humains ? Les américains avec leur pragmatisme habituel ne font qu'après tout expliciter ce qui était parfois un peu trop vague...

Comme cette conséquence de votre idéologie libertarienne vous gêne, vous vous en sortez en excluant d'emblée (avec Lacan en renfort) la relation amoureuse des rapports humains. Vous nous avez habitué à pas mal de tour de magicien sur ce blog, mais la c'est c'est un peu gros.

Mais après tout, c'est peut-être moi qui suis un peu trop rationnaliste... :):):)

Écrit par : Dumet | 02/10/2014

Je vous attendais, là-dessus et ça n'a pas loupé. ;-) Trois remarques :

- D'abord, comme je vous l'avais déjà dit dans l'échange que vous indiquez en lien, ce que vous percevez comme une "dérive" de "l'idéologie libertarienne", je le perçois quant à moi comme une application du collectivisme dans toute sa splendeur, avec son bras armé, la répression légale : comme quelques-uns, détenant le monopole de l'usage de la force, estiment que la liberté des individus est une chose très dangereuse pour eux, ils la brident autant qu'ils peuvent, toujours pour la bonne cause, évidemment, qu'il s'agisse de "protéger" les jeunes femmes des violeurs, ou les citoyens français des égorgeurs...

- Ensuite, oui, en effet, je maintiens, la société libérale – ce que n'est certainement pas, au passage, la société américaine – repose sur la notion de contrat, c'est-à-dire sur le consentement mutuel. Mais je ne crois avoir dit nulle part que ce consentement mutuel devait être nécessairement explicite, au contraire, si vous relisez notre discussion précédente sur le sujet, vous verrez que je parle d'accord implicite et d'absence de formalisme dans la plupart des relations que les individus nouent spontanément entre eux. Le libéral est un réaliste, qui observe que les êtres humains ne sont pas transparents à eux-mêmes comme à autrui. Lire ou relire Kant !

- Enfin, je n'exclus absolument pas la relation amoureuse des rapports humains, j'explique simplement que pour comprendre et éventuellement résoudre une problématique comme celle du viol, il me paraît inefficace de l'aborder uniquement et jusqu'à l'absurde à partir de la logique du contrat, au mépris de la logique du désir. Cela ne veut pas dire pour autant que les deux logiques s'opposent, mais qu'elles appartiennent à des registres différents dont la pertinence dépend de l'objet d'analyse.

Voilà pour le "tour de magicien" qui répond encore une fois, je le crains, à votre lecture binaire (ou ceci, ou cela).

Écrit par : Agg | 02/10/2014

Mais, mais.... en plus, c'est moi qui suis binaire ?

Je vous expliquais dans notre conversation préçédente que, pour moi, analyser tout type de rapport humain fondé sur le consentement mutuel comme un contrat explicite ou implicite relevait d'une vue de l'esprit. Je vous donnais des exemples (dont un très proche de ce billet actuel).

Vous me souteniez l'inverse. Vous reconnaissez maintenant (elles appartiennent à des registres différents dont la pertinence dépend de l'objet d'analyse) que ce n'est pas forcément pertinent quand on prend l'exemple d'un cas concret (la relation amoureuse et le viol).

Fort bien. Mais en l'occurence, il semble que c'est bien vous qui étiez binaire dans la conversation précédente et qui avez mis de l'eau dans votre vin.

Écrit par : Dumet | 03/10/2014

Je persiste et signe : vous faites preuve de binarisme et, cerise sur le gâteau, vous le projetez sur mon approche.

En effet, lors de notre conversation précédente, je n'ai jamais procédé à la réduction que vous me prêtez là. J'ai écrit précisément ceci :

"Le contrat est la seule alternative à l'autre moyen d'entrer en contact avec autrui : la force. Ou bien il y a consentement des parties en présence, ou bien il y a un rapport de domination entre elles."

Cela n'implique aucunement de nier l'ensemble des modalités relationnelles qui peuvent se déployer à l'intérieur du cadre du consentement mutuel. Par exemple, il y a bien des manières de vivre une relation amoureuse, manières qui relèvent d'une autre logique, celle du désir. Mais cette dernière n'est pas "l'inverse" de la logique du contrat, c'est simplement une autre logique, imbriquée. Ou encore, pour reprendre un exemple tiré de notre échange antérieur, si l'amitié repose bel et bien sur le consentement mutuel, cela ne signifie pas qu'elle s'y réduise et ne puisse être analysée qu'à l'aune de cette seule perspective : voilà pour les registres que vous tenez pour exclusifs (ou ceci, ou cela), alors qu'ils sont complémentaires. Par suite, je ne mets pas du tout de l'eau dans mon vin, j'aborde tout bonnement les sujets qui m'intéressent sous des angles différents.

Je rajouterais, pour finir sur un trait d'humour, qu'il faut réaliser un sacré saut logique pour faire d'une loi policière le parangon de la liberté individuelle : si je suis magicien, vous êtes acrobate.

Écrit par : Agg | 03/10/2014

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