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08/09/2014

Ahmed, ou le triomphe de la doxa

S'il est un travers qui caractérise la démocratisation de la culture, c'est bien celui qui consiste à donner son opinion sur tous sujets, y compris (surtout ?) sur des sujets dont on ne sait rien, en faisant comme si l'on savait. Pire, on assiste aujourd'hui, notamment en France, à une véritable inversion du rapport au savoir : plus quelqu'un possède une réelle compétence dans un domaine et moins il est écouté et suivi, au motif même de cette compétence, cette dernière étant jugée suspecte, voire infériorisante, par tous ceux qui en sont dépourvus. Bref, c'est le grand retour de l'anti-intellectualisme, du "bon sens" populaire, des préjugés de toutes sortes, cet élan s'inscrivant dans une logique de "résistance" aux puissants de notre temps. Et quelque part, ce n'est pas un mauvais calcul : comme l'écrivait David Stove, là où des êtres humains sont rassemblés sur une longue période, il est bien rare que la pensée rationnelle gagne. En un autre sens évidemment, c'est un très mauvais calcul : la connaissance, c'est le pouvoir. Et dans le domaine politique, le meilleur moyen d'asservir une population consiste à la rendre non seulement stupide, mais qui plus est fière de sa stupidité. N'est-ce pas exactement ce qui se passe actuellement, à l'heure où les "crétins" (Jean-Paul Brighelli) pullulent ?

Un fil bien ténu pour les maudits qui refusent tout à la fois de s'abêtir et de s'enfermer dans leur tour d'ivoire...

 

Commentaires

Vous éprouvez semble-t-il le besoin frénétique de donner votre avis sur ce besoin frénétique des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent de l'ouvrir pour exposer leur ignorance au monde entier. Que faut-il en conclure ?

J'imagine en revanche que le fait que personne ne vous lise ni ne commente sous vos articles vous sert de preuve que vous êtes un ponte sur tout ce dont vous parlez ? Heureux est-il celui qui sait s'auto-illusionner ainsi.

Écrit par : Fikmonskov | 10/09/2014

Tout à votre empressement à venger votre orgueil blessé, vous n'avez à l'évidence pas du tout saisi mon propos. Il y a une différence entre tenir son opinion pour sienne et la tenir pour vraie : je vous renvoie à une discussion antérieure où je vous confiais mon adhésion au perspectivisme – que vous confondiez d'ailleurs dramatiquement avec le relativisme (http://lehutinmalgrelui.hautetfort.com/archive/2013/11/24/per-fas-et-nefas-5229120.html#c7928076 ). Ce que je dénonce ici, ce n'est pas tant le fait de donner son avis sur n'importe quel sujet – je suis un ardent défenseur de la liberté d'expression – que la prétention de beaucoup de gens à donner leur avis sur des sujets dont ils ne savent rien, tout en faisant comme s'ils en savaient quelque chose ; cette prétention allant généralement de pair avec un rejet des personnes véritablement compétentes sur les sujets considérés, au profit d'une valorisation des "leaders négatifs" qui ne manquent pas d'émerger.

Quant à l'audience de mon blog, outre qu'elle me semble pour ma part tout à fait satisfaisante, je constate que vous commettez pour l'occasion un nouveau sophisme, dit "ad populum", soit l'idée que la validité d'un discours serait déterminé par son degré de popularité, en lieu et place de son degré de corroboration rationnelle et/empirique. Or c'est précisément sur ce sophisme hélas si commun que j'attire l'attention dans ce billet : ce n'est pas parce que quelqu'un fédère beaucoup de monde que ce qu'il dit est vrai et inversement, ce n'est pas parce que quelqu'un jouit d'une maigre reconnaissance sociale que ce qu'il dit est faux. Il y a un critère transversal décisif : la compétence, autre nom du rapport au réel. Au niveau politique, c'est toute la différence entre la démocratie, qui s'adosse à des valeurs fondamentales et le populisme, qui sacrifie ces dernières sur l'autel d'une volonté populaire jugée infaillible.

Écrit par : Agg | 10/09/2014

"Au niveau politique, c'est toute la différence entre la démocratie, qui s'adosse à des valeurs fondamentales et le populisme, qui sacrifie ces dernières sur l'autel d'une volonté populaire jugée infaillible."

Ouaip.... Même que ces valeurs, ce sont des gens comme vous qui les définissez, parce que les autres n'ont pas démontré leurs compétences. Na. Comme ca, la boucle est bouclée.

Si je vous suis bien, vous êtes une sorte de grand-pretre d'une religion qui s'appelle démocratie.

Écrit par : Dumet | 10/09/2014

@Dumet

>> Non, vous ne me suivez pas bien du tout : loin d'être un "grand prêtre" de la démocratie, j'en suis un adversaire résolu. Pour moi, la démocratie est un système politique irrationnel, reposant sur une impossibilité mathématique (cf. théorème d'Arrow), se déclinant sur le mode de la tyrannie de la majorité et aboutissant tôt ou tard à la tyrannie tout court, sous une forme plus ou moins douce. Mais comme je suis réaliste et que je doute que nous sortions de ce système avant longtemps, je m'efforce, à mon échelle insignifiante, de chercher ce qui pourrait l'améliorer. C'est dans cet esprit que j'insiste sur l'importance de la compétence... de tous les citoyens, afin qu'ils reprennent le pouvoir social. Je crois beaucoup à l'éducation populaire : par exemple, s'agissant des valeurs fondamentales, les "ateliers constituants", où les gens apprennent, avec l'aide de professionnels du droit, à rédiger des articles constitutionnels. Mais cela implique d'abord d'accepter de reconnaître que l'on n'est pas compétent sur tout un tas de sujets et ensuite de se mettre au travail pour le devenir...

Écrit par : Agg | 11/09/2014

"la prétention de beaucoup de gens à donner leur avis sur des sujets dont ils ne savent rien, tout en faisant comme s'ils en savaient quelque chose"

Qu'en savez-vous ? Avez-vous fait des études précises là-dessus ?

"Il y a une différence entre tenir son opinion pour sienne et la tenir pour vraie"

Pourtant vous critiquez ma remarques qui vous contredit, laissant ainsi entendre que votre opinion est la seule vraie dans cette affaire. Si mon opinion vaut la vôtre, alors vous devriez au contraire créer un nouvel article, coller mon commentaire dedans, et le mettre en lien avec le vôtre, afin que nos deux opinions soient enfin sur le plan d'égalité où vous dites qu'elles sont.

Écrit par : Fikmonskov | 11/09/2014

Ah, la discussion sur le perspectivisme, celle où votre charmante image de l'éléphant s'est retournée contre vous ? Oui, je m'en souviens très bien, mais ça m'a fait plaisir de la relire.

Écrit par : Fikmonskov | 11/09/2014

@Agg

Bon, vous n'êtes pas démocrate. Très bien. Vous êtes donc technocrate avec un pouvoir partagé entre gens qui ont un diplome bac + 5 en ..... en quoi d'ailleurs ?

Je vous suis, la ?

Écrit par : Dumet | 11/09/2014

@Fikmonskov

"""""Qu'en savez-vous ? Avez-vous fait des études précises là-dessus ?"""""

>> Non, je n'ai fait aucune étude précise là-dessus (vous si ?) ni ne prétends en avoir fait, je me contente d'exposer mon point de vue à partir d'un constat empirique. Et vous avez tout loisir de contredire l'un et l'autre en raison.

"""""Pourtant vous critiquez ma remarques qui vous contredit, laissant ainsi entendre que votre opinion est la seule vraie dans cette affaire. Si mon opinion vaut la vôtre, alors vous devriez au contraire créer un nouvel article, coller mon commentaire dedans, et le mettre en lien avec le vôtre, afin que nos deux opinions soient enfin sur le plan d'égalité où vous dites qu'elles sont."""""

>> Je pense que toute votre hargne tient dans ce "laissant ainsi entendre" qui, en toute rigueur, ne se trouve pas dans mes propos, mais que vous y mettez. Le fait que je vous contredise démontre seulement que j'ai un autre point de vue que le vôtre et constitue au passage l'un des pré-requis à notre discussion : si nous étions d'accord, il n'y aurait tout simplement pas lieu de débattre. Votre problème, à mon sens, c’est que vous ne paraissez concevoir l’échange de points de vue que comme un jeu à somme nulle, induisant un mode conversationnel où votre interlocuteur doit se justifier en permanence de son existence même en tant qu’altérité. Par ailleurs, il me semble que vous avez toute latitude pour commenter chez moi, l’inverse n’étant pas vrai : de nous deux, l’absolutiste qui fait de son opinion "la seule vraie" au point d’interdire celle d’autrui et d’insulter l’importun, c’est vous.

"""""Ah, la discussion sur le perspectivisme, celle où votre charmante image de l'éléphant s'est retournée contre vous ? Oui, je m'en souviens très bien, mais ça m'a fait plaisir de la relire."""""

>> Je constate que vous êtes toujours figé dans la posture de gamin fiérot que vous aviez alors adoptée parce que j'avais eu l'audace d'exercer mon droit de réponse suite à une censure de votre part : ah, tous ces gens qui ne pensent pas comme vous et qui refusent de se taire ! Quant à la parabole jaïniste des aveugles et de l'éléphant, je remarque que vous n’en avez toujours pas saisi le sens, mais je reste confiant : après tout, il y a encore peu de temps, vous vous battiez contre une odieuse "théorie du genre" dont vous reconnaissez à présent qu’elle n’existe pas.


@Dumet

"""""Vous êtes donc technocrate avec un pouvoir partagé entre gens qui ont un diplome bac + 5 en ..... en quoi d'ailleurs ?"""""

>> Par définition, une technocratie ne consiste pas en une forme de gouvernement où le pouvoir est partagé entre tous les citoyens : votre petit étiquetage me semble donc encore une fois inapproprié. Ou alors, Etienne Chouard, auquel je songeais en évoquant les "ateliers constituants", est un technocrate : ça lui ferait sûrement plaisir de l'apprendre, lui qui se bat pour que les citoyens se réapproprient leur pouvoir social. Plutôt que de chercher à me ranger dans une case, pourquoi ne pas me dire ce que vous pensez du sujet ? Estimez-vous que la validité d’un discours tienne à son degré de popularité ? Considérez-vous que la démocratie se résume à suivre la volonté populaire, indépendamment de tout cadre juridique et/ou axiologique ? Jugez-vous inutile le fait de sensibiliser et de former les individus aux questions de citoyenneté ?

Écrit par : Agg | 11/09/2014

"Non, je n'ai fait aucune étude précise là-dessus" Donc vous parlez sans savoir, pour dénoncer ceux qui parlent sans savoir.

C'est beau :')

Écrit par : Fikmonskov | 12/09/2014

@Fikmonskov

>> J'ai déjà répondu à cette "objection", je ne me répéterai donc pas. Vous semblez incapable de faire la différence entre l'expression d'un point de vue sur un sujet (ce que je fais ici) et la prétention à détenir la vérité sur ce sujet (ce que je ne fais pas ici, mais que je dénonce à partir de ce que j'ai pu observer). Je rajouterais en outre que même si j'avais fait une étude précise sur la question, je n'en serais pas moins tenu à une conclusion raisonnable et ouverte à réfutation, le savoir scientifique reposant sur le principe de la validation intersubjective (cf. Popper). Enfin, si vous ne partagez pas mon point de vue, vous avez tout loisir de le contredire en exposant le vôtre. Mais ce n'est pas ce que vous faites en l'occurrence : non, vous me déniez jusqu'au droit d'exprimer mon point de vue. De la part d'un censeur grossier, qui plus est intervenant chez moi, comme vous dites : c'est beau.

Écrit par : Agg | 12/09/2014

Je ne vous dénie rien, je constate que selon le point de vue que vous exposez, vous ne devriez pas l'exposer.

Comme souvent.

Écrit par : Fikmonskov | 12/09/2014

@Fikmonskov

>> Le point de vue que j'expose ici est que de nombreux individus exposent leur point de vue sur un sujet comme s'il ne s'agissait pas d'un point de vue, justement, mais d'une vérité irréfutable, c'est-à-dire comme s'ils s'étaient affranchis de leur subjectivité pour accéder à l'objectivité des êtres et des choses du haut de je ne sais quel promontoire imaginaire. En l'occurrence, ce n'est pas du tout ce que je fais, terminant mon billet par une interrogation ouvrant à débat et une note signant le caractère subjectif de l'ensemble. Ce n'est pas non plus ce que je fais habituellement, rédigeant à la première personne et ponctuant mes interventions de formules destinées à rappeler cet angle personnel dans la position développée ("il me semble", "à mon avis", "pour moi", "de mon point de vue", etc.), quand bien même je prends souvent plaisir à quelques exercices de style par amour de l'écriture (d'où le "mordicante" du sous-titre de mon blog…). Tout cela est aisément vérifiable, aussi bien sur ce blog que partout où j'ai pu m'exprimer. Votre "constat" me paraît donc non seulement erroné, mais qui plus est relever de l’arroseur arrosé, car ici c’est bien vous qui formulez un jugement de valeur sur mon approche en tentant de le faire passer pour un jugement de fait.

A bon entendeur… ;-)

Écrit par : Agg | 13/09/2014

"Estimez-vous que la validité d’un discours tienne à son degré de popularité ? "

Non. La dessus bien d'accord avec vous. Mais vous vous trompez sur la nature d'une élection. On élit une personne pour la confiance qu'on lui accorde, pas pour un programme qu'elle devrait intégralement appliquer. Un programme est une proposition valable à un instant t qui peut devenir caduque 6 mois après en raison d'une crise économique, d'une guerre. De ce point de vue, je me suis beaucoup abstenu lors des élections des dernières années, n'ayant confiance dans aucune des personnalités.

Ce qui me genait; c'était votre distinction sur démocratie et populisme. Vous parler de la démocratie qui s'adosse à des valeurs fondamentales. Je veux bien. Mais qui définit ces valeurs ? en quoi celle-ci seraient intangibles ?


"Jugez-vous inutile le fait de sensibiliser et de former les individus aux questions de citoyenneté ?"
Je ne peux pas vous répondre. La citoyenneté, c'est un mot fourre tout : dans les années 1790, être citoyen, c'était massacrer d'autres français. Aujourd'hui il est de bon ton d'être éco-citoyen ou autres fariboles....

Écrit par : Dumet | 13/09/2014

@Dumet

>>

- Pour ma part, je pense que les gens votent pour tout un tas de raisons, qui peuvent d'ailleurs s'entremêler : parce qu'un candidat leur inspire confiance, comme vous dites, mais aussi par adhésion à un programme, par tradition familiale, pour faire battre un autre candidat, etc. Ce qui manque aujourd'hui, à mon avis, c'est la possibilité, pour les citoyens, de contrôler de manière effective le travail des élus, autrement qu’en attendant la prochaine élection, s’entend.

- Si vous êtes d'accord avec moi pour dire que la validité d'un discours ne tient pas à son degré de popularité, alors vous ne pouvez que refuser le populisme, soit cette doctrine faisant du 'peuple' une entité indifférenciée – la fameuse "majorité silencieuse" – victime d'une 'élite' corrompue et elle aussi, bien sûr, homogène. Une fois ce décor planté, il suffit de reprendre les préjugés de la clientèle électorale visée et le tour est joué.

- Les valeurs auxquelles je fais allusion sont celles proclamées dans nos grands textes : la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et la Constitution de la Cinquième République de 1958. Ces textes n’échappent certainement pas à la critique, ni même à la révision, mais ils forment à mon sens un socle axiologique solide, à partir duquel chaque citoyen peut étayer sa réflexion politique. Le point commun de tous les populismes, c’est précisément de remettre en question les valeurs contenues dans ces textes de référence en flattant les "bas instincts" populaires – toujours pour la bonne cause, évidemment.

Écrit par : Agg | 13/09/2014

"Les valeurs auxquelles je fais allusion sont celles proclamées dans nos grands textes : la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et la Constitution de la Cinquième République de 1958. "

C'est bien joli tout ca, mais d'une part je relève que vous indiquez que vous n'etes pas démocrate tout en spécifiant que la constitution de la Vème république constitue un axe sociologique solide. Ou est la cohérence ?

Mais surtout, en prenant un peu de recul, on s'apercoit qu'au nom de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, on a guillotiné gentimement à tout va en place publique, voire massacré en masse quelques régions. Le régime des bourgeois de la III République s'en réclamait. La tentative de social démocratie de la IV République également. Et aujourd'hui, hormis les anarchistes à l'extreme gauche et quelques groupuscules à l'extreme droite, tous les partis - y compris ceux couramment désignés comme populistes - s'en réclament.

Autrement dit, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, c'est un peu comme la Bible. Il y a le texte et il y a les interprétations.

Qui est chargé d'interpréter ? Selon quelle légitimité ? Visiblement, ca vous démange de faire le médium sur ce sujet, mais pourquoi vous plutot qu'un autre ?

Écrit par : Dumet | 14/09/2014

P.S. : au fait, je n'ai toujours pas compris le titre de ce billet :"Ahmed, ou le triomphe de la doxa"

A quoi faites vous référence ?

Écrit par : Dumet | 14/09/2014

@Dumet

>>

- Je ne vois pas en quoi le fait que je rejette la procédure d'établissement d'un gouvernement sur la base de son irrationalité empêcherait que j'adhère par ailleurs aux autres principes contenus dans notre Constitution. C'est un peu comme si vous me disiez que pour être chrétien, il fallait impérativement reconnaître l'autorité du Pape.

- Vous répondez de vous-même à votre seconde objection : qui faut-il blâmer pour les exactions commises au nom de tel ou tel texte politique ou religieux ? Le texte lui-même ou les hommes qui s'en réclament tout en foulant aux pieds les valeurs qu'il promeut ? Au passage, l'argument de l'interprétation me paraît très léger : quand on prétend apporter l'amour au monde, on ne peut pas dans le même temps tuer d'autres êtres humains ; quand on proclame l'égalité de tous, on ne peut pas dans le même mouvement traiter toute une catégorie de la population comme des citoyens de seconde zone. Derrière la lettre de la loi, il y a l'esprit de la loi, qui ne souffre aucune interprétation – sauf pour ceux qui ont intérêt à brouiller le message.

- Qui est légitime ? Mais vous, moi, n'importe qui et pas seulement un petit groupe de gens auquel tous les autres délèguent leur pouvoir avec les résultats que l'on sait. C'est tout le sens des "ateliers constituants", entre autres initiatives d'éducation populaire : restituer le pouvoir social aux individus, tous les individus.

- "Ahmed" est le nom d'un personnage de fiction créé par Coluche pour l'un de ses sketchs ("Le clochard analphabète", 1977 : http://www.youtube.com/watch?v=hH_PbIZREBY ) : ce "philosophe arabe" a "des idées sur tout et surtout des idées". J'ai trouvé cela particulièrement approprié pour illustrer la doxa contemporaine.

Écrit par : Agg | 15/09/2014

" Derrière la lettre de la loi, il y a l'esprit de la loi, qui ne souffre aucune interprétation "

Certes. L'ennui voyez vous c'est que, curieusement, les différents interprètes résolvent cette question en affirmant que ce sont eux qui respectent la lettre et l'esprit du texte. Donc on est pas plus avancé.

" Qui est légitime ? Mais vous, moi, n'importe qui ..."

La, je ne comprends plus. Vous faites un billet pour dénoncer les gens qui s'expriment sur les sujets dont ils ne savent rien.
Et vous trouvez que tout le monde est légitime pour s'exprimer sur la constitution et la déclaration des droits de l'homme de 1789...

Écrit par : Dumet | 15/09/2014

@Dumet

>> Je trouve vos deux remarques très intéressantes, car elles me semblent révélatrices de l'écueil du rationalisme – et de son pendant situé à l'autre extrémité du même continuum : le relativisme. C'est ainsi que vous évacuez tout rapport au réel de votre raisonnement, pour en faire un pur délire formel, la cohérence tenant lieu d'étalon. Pourtant, je maintiens, tout le monde est légitime pour interpréter la Bible ou la Constitution, ce qui ne veut pas dire que toutes les interprétations se valent, en tant qu'elles n'entraînent pas les mêmes effets dans le monde. Une exégèse biblique qui conduit à massacrer son prochain n'équivaut pas à une exégèse qui amène à lui tendre la main. De même, une lecture de la Constitution qui se traduit par une absence de discrimination entre les citoyens n'égale pas une lecture de la Constitution qui donne un régime ségrégationniste. Maintenant, si vous voulez dire que personne ne peut empêcher les hommes de préférer une interprétation plutôt qu'une autre, je vous rejoins tout à fait. Personne ne viendra nous sauver des conséquences de nos choix. Comme l'écrivait Sartre, si demain les hommes décident d'établir le fascisme, eh bien la vérité humaine de demain sera le fascisme : le ciel ne s'ouvrira pas en deux pour contrer cette nouvelle barbarie. Nous sommes les cobayes de notre propre expérimentation. Ce que ne comprend pas le rationaliste, c'est qu'il ne peut pas s'extraire de sa condition d'être humain engagé dans l'existence pour accéder aux tables de la-vérité-absolue et redescendre les apporter au commun des mortels ; ce que ne comprend pas le relativiste, c'est qu'il ne peut pas faire de sa condition d'être humain engagé dans l'existence la mesure de toutes choses. Il y a, entre les deux, la vérité d'une perspective ancrée dans la réalité.

Écrit par : Agg | 15/09/2014

Agg, je suis désespéré !

Vous m'indiquez un peu plus haut que "la démocratie est un système politique irrationnel, reposant sur une impossibilité mathématique" et que pour cette raison vous n'êtes pas démocrate.

J'en conclus que vous souhaitez un système plus rationnel. Mais quand je tire les conséquences logiques de vos propositions, vous m'indiquez que suis rationnaliste et déconnecté de la réalité.

Vous n'y voyez pas comme une contradiction ?

Écrit par : Dumet | 16/09/2014

@Dumet

>> Je pense surtout que vous êtes désespéré...ment accroché à un rationalisme formel au mépris de tout contexte d'exercice de la rationalité. C'est ainsi que vous me citez tendancieusement, faisant comme si j'évoquais le théorème d'Arrow sous une forme absolutiste signant une fin de non recevoir, alors qu'il s'agissait bien plus modestement d'un élément parmi d'autres à l'appui d'une perspective déterminée. Croyez-vous que j'ignore que la validité du théorème d'Arrow dépend de ses prémisses ? Ou encore que je n'ai pas conscience que l'agir humain n'obéit pas nécessairement à la logique mathématique ? En physique quantique, il y a ce qu'on appelle la dualité onde-particule : en suivant votre raisonnement binaire, les scientifiques ne pourraient voir dans ce phénomène qu'une contradiction : ou bien la lumière est une onde, ou bien la lumière est une particule, bon sang ! Eh bien non : la lumière est à la fois l'une et l'autre, se montrant selon un aspect plutôt que l'autre en fonction des conditions de l'expérience. Pouvez-vous comprendre qu'il en va de même me concernant, i.e. que je ne m'exprime jamais ici que sous un angle particulier, le mien, ce qui ne m'empêche pas, à l'intérieur de ce cadre, de faire preuve de raison, sans prétendre pour autant épuiser le réel ?

Écrit par : Agg | 16/09/2014

" Vous n'y voyez pas comme une contradiction ?"

La contradiction chez Agg ? Eh ben, quelle surprise...

Écrit par : Fikmonskov | 24/09/2014

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