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08/08/2014

Le Narcisse de contrebande

Michel est dépité : malgré ses deux à trois bouquins par an, ses innombrables plateaux télé, ses entretiens radiophoniques, ses coffrets... il n'a jamais obtenu la moindre reconnaissance de ses pairs en philosophie. Alors Michel fait tourner à plein sa machine à fantasmes : s'il n'est pas reconnu, c'est parce qu'il est iconoclaste. Il ose, lui, se rebeller contre "les gardiens du temple philosophique institutionnel" (sic) à la manière de ses héros d'un jour, Caillois, Jünger, Leiris – qu'il n'aime d'ailleurs qu'épurés de tout ce qui ne serait pas solaire, hédoniste, libertaire. Car enfin, pour Michel, le monde est simple : il y a d'un côté les philosophes de "la loi philosophante" qui sont aussi cons qu'incompréhensibles mais qui, par une sorte d'ironie du sort, occupent les chaires d'université même pas populaire. Et puis, de l'autre côté, il y a les maudits, que personne ne lit jamais, que les pontifes de faculté méprisent et détournent honteusement et qui finissent sur les étagères d'une bibliothèque normande où là, ils peuvent retrouver une seconde jeunesse, voire obtenir enfin une reconnaissance méritée à l'occasion de la parution d'un énième volume d'une audacieuse "contre-histoire de la philosophie". Heureusement que Michel est là pour venger tous ces auteurs bafoués par l'univers impitoyable de la raison raisonnante !

Bref, rien de tel qu'un petit coup d'autopromotion pour se remettre d'une déprime passagère.

Commentaires

Est-ce qu'on peut ne pas avoir raison sans avoir tout à fait tort? Parce qu'en toute honnêteté, ça, là, sans être absolument vrai, ce n'est pas faux non plus (même si l'ironie du sort ne joue là-dedans aucun rôle):

"Il y a d'un côté les philosophes de "la loi philosophante" qui sont aussi cons qu'incompréhensibles mais qui, par une sorte d'ironie du sort, occupent les chaires d'université"

Il n'est pas faux non plus qu'Onfray est académiquement indésirable surtout pour péché d'intelligibilité comme en son temps Revel qui n'est pourtant pas tant "philosophe de supermarché" qu'on a eu la méchanceté de le dire et la sottise de le répéter.

Taper sur Onfray est devenu trop facile maintenant que la meute anonyme a flairé la victime vulnérable et que le climat est à la curée. Du coup, je l'ai dernièrement reconsidéré d'un oeil attendri - non, j'exagère, là -, mais c'est vrai: j'ai même commencé à lui trouver quelque mérite (qui n'en a pas?)

D'ailleurs, dans le lien ci-dessus posté, je suis très d'accord avec ses deux paragraphes de conclusion.

Écrit par : zeugmatoimeme | 14/08/2014

Ca y est, j'ai retrouvé ce que la note d'Onfray m'évoquait puissamment; c'est un article autrement plus profond, mais saisissant de ressemblance par de nombreux côtés (Bachelard, la Philosophie institutionnelle, etc.), article remarquable que j'ai lu sur un blog il y a quelques mois et qui s'appelait - je crois - Les Professeurs de vent ou la fin de la philosophie (?) Malheureusement, je ne me souviens plus du nom de ce blog, et je n'ai pas retrouvé l'article.

Écrit par : Sambre_et_Meuse | 14/08/2014

@zeugmatoimeme/Sambre_et_Meuse

>> Bonjour et bienvenue sur mon blog. Quelques remarques en réponse à vos commentaires :

- Le problème principal de Michel Onfray, à mon sens, c'est qu'il jette le bébé avec l'eau du bain, quel que soit le sujet qu'il aborde : au prétexte d'une certaine institutionnalisation de la philosophie, il condamne toute philosophie académique ; au prétexte des menteries et déraisons de Freud, il balance la psychanalyse par-dessus bord ; au prétexte des sottises et barbaries religieuses, il refuse Dieu tout net. Et c'est donc sans surprise qu'après avoir sacrifié la raison sur l'autel de son manichéisme, notre rebelle de papier épouse finalement le conformisme le plus plat, flattant l'ignorance de ses contemporains (ou d'une "université populaire"), retournant au XIXe siècle (ou d'une "psychanalyse non freudienne") et éructant du vent axiologique (ou d'une "laïcité post-chrétienne").

- Je ne crois pas du tout qu'Onfray soit jugé "indésirable" par les universitaires : ces derniers se contentent seulement de l'ignorer, non pas même parce qu'il est intelligible (Revel ne fut pas prophète en son pays à cause de son libéralisme et Bouveresse, pour ne prendre que cet exemple, écrit de manière limpide tout en exerçant au Collège de France), mais tout simplement parce qu'il ne fait pas de philosophie, au profit d'un spectacle littéraire (dont on peut d'ailleurs apprécier le style) : chez lui, nulle réflexion, mais des postures, qui varient en fonction de l'air du temps.

- La mode est au "bashing", je ne vois pas pourquoi Onfray y échapperait. Et puis, personnellement, cela fait bien longtemps que je critique les discours de ce Monsieur, je ne vais pas m'arrêter parce que quelque troupeau s'est mis à bêler contre lui.

- Enfin, au-delà de ma critique, j'ai moi aussi une tendresse pour Onfray, parce qu'il me donne l'impression d'un homme qui est passé à côté de sa vie. Depuis quelques temps, maintenant, il brûle ce qu'il avait jadis tant adoré : je dis souvent en plaisantant que je ne lui donne pas dix ans pour se découvrir chrétien !

Écrit par : Agg | 14/08/2014

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