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04/06/2014

L'homme qui ne savait qu'aboyer

Le rôle d'accusateur public sied décidément à merveille à Gérard Miller. L'autre soir, sur la télévision d'Etat, le Fouquier-Tinville de la psychanalyse a cloué au pilori Jérôme Cahuzac, dont on rappellera que le seul "crime" est d'avoir sauvé une partie de son argent des griffes du fisc français – comme le père de Gérard, d'ailleurs, mais ça n'a rien à voir, puisque celui-ci était juif. Ah, si Gérard n'existait pas, il faudrait l'inventer. Tout à sa charge de procureur, il s'emmêle les pinceaux et confond mauvaise foi sartrienne et refoulement freudien : dire que Cahuzac s'est menti à lui-même, allant jusqu'à occulter l'existence de son compte en banque suisse, ce n'est pas du tout la même chose que de dire que Cahuzac "a été menti" par son inconscient. Dans le premier cas, on a un sujet libre qui, initiateur d'un projet de mensonge, y réussit jusqu'au moment où il se prend les pieds dans le tapis par mégarde ; dans le second, on a un mensonge sans menteur, dont la vérité finit par passer la douane de la censure pour jaillir à l'occasion de quelque lapsus ou acte manqué. Mais Gérard veut tout, sans rien sacrifier : l'explication analytique et l'indignation morale. Cahuzac devient alors cet être hybride qui, bien que soumis impitoyablement à ses pulsions les plus inavouables, n'en est pas moins comptable, sans mauvais jeu de mots. Etrangement, il semble que cela vaille pour tout le monde, à l'exception notable des psychanalystes eux-mêmes... Par exemple, lorsque Gérard est interpellé sur son passé maoïste, il assure que, charmé par la révolution chinoise, il s'était montré sérieux dans son engagement, sans pour autant en être dupe. Ou comment transformer une "dinguerie" de jeunesse en lucidité politique précoce, à moins qu'il ne s'agisse d'un superbe aveu de cynisme : qu'importe, les termes de l'alternative font de Gérard quelqu'un de bien plus proche de Cahuzac qu'il ne le croit, ou plutôt qu'il ne le dit. Et ça ne s'arrête pas là : Gérard condamne Cahuzac au prétexte que ce dernier a continué à honorer de son amitié des personnages ayant un passif d'extrême-droite... mais se glorifie dans le même temps de sa proximité maintenue avec "les deux Marc, Benoît, Emmanuel, Jocelyne, Gilles, Yves, l’autre Gérard", ses camarades d'antan avec lesquels il partageait ce désir furieux d'être "plus rouge que les rouges" et ce en dépit des millions de morts depuis lors avérés provoqués par le Grand Timonier. Notre roquet lacanien grognerait-il après son ombre ? Sur le fond, le documentaire n'éclaire pas grand-chose quant à la conduite de Jérôme Cahuzac : c'est toute la faiblesse du psychologisme comme outil d'analyse politique. Et même dans ce registre dont Gérard se revendique expert, on s'étonnera de l'absence totale de distance critique de notre psychanalyste national par rapport à ces opprobres désormais récurrents et rachetés à grand renfort d'actes de contrition médiatiques, tandis que "les affaires" se multiplient, à droite comme à gauche.

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