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02/05/2014

L'aiguillOnfray

Le diagnostic se confirme : Michel Onfray est en train de tourner vieux con. Dans sa dernière chronique en date, il commente une "nouvelle" remontant à près d'un mois – et d'ailleurs relayée par l'ami Pharamond – sur l'inauguration d'un présumé "cimetière lesbien" en Allemagne. Comme à l'accoutumée, le sieur Onfray, qui se targue pourtant de travailler très dur, se contente de reprendre des informations tronquées, pour ne pas dire inexactes. En effet, ce qui a vu le jour à Berlin, c'est une zone d'inhumation de 400 m² pouvant accueillir 80 malheureuses urnes ou tombes et située à l'intérieur d'un vaste cimetière protestant. En outre, cet espace n'est délimité par rien, contrairement aux carrés religieux. Enfin, de l'aveu même de la porte-parole de l'association SAFIA à l'origine de cette initiative, une personne hétérosexuelle peut tout à fait être inhumée dans cette zone si elle en fait la demande. Bref, Michel s'excite mal à propos, dénonçant un "deux poids deux mesures" parfaitement inexistant. On rappellera de plus à l'aigri d'Argentan que les hétérosexuels disposent de gigantesques terrains pour reposer entre eux depuis des siècles et qu'il faut par suite avoir un sacré culot, ou une dose létale de malhonnêteté intellectuelle, pour mettre sur le même plan ce communautarisme hétéronormé se perpétuant si "naturellement" à travers les âges et l'initiative locale, récente et proprement dérisoire d'une poignée de militantes féministes et homosexuelles. Quant à la "haine" que Michel prétend mettre au jour par une analyse psychologiste d'un simplisme qui donnera le vertige à quiconque n'est pas habitué à l'inénarrable discernement du penseur normand... En dehors du fait d'évidence qu'on a rarement vu jusque là de persécutions d'hétérosexuels par des homosexuels rageurs, un lecteur avisé rafraîchira la mémoire de Michel en lui citant sa franche apologie des "affinités électives" dans tel de ses écrits. Choisir, c'est nécessairement discriminer, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'on éprouve de la haine à l'encontre de celles et ceux qu'on ne choisit pas. Et puis, il ne faut vraiment pas voir plus loin que le bout de son nez pour ne pas comprendre que la résistance au melting pot mortuaire que Michel appelle de ses vœux n'est que le prolongement logique de la résistance au melting pot chez les vivants : non, les gens ne se font pas toujours une fête de se mélanger, voire, pour le dire sans ambages, ont carrément tendance à privilégier le confort de l'entre-soi. Et Michel ne nous fera pas croire que lui-même ne préfère pas sa citadelle de l'Orne au tumulte parisien et la compagnie d'athées hédonistes et solaires à celle de barbus misogynes, de grenouilles de bénitier et autres peine-à-jouir, pour reprendre sa terminologie toute en nuances.

L'amateur d'humour noir notera que Michel souhaite qu'on l'enterre : qu'il se rassure, l'histoire des idées s'en chargera rapidement.

Commentaires

Pour les enterrements définitifs, à peu d'exceptions près, il y a aussi le Panthéon dans lequel on entre pourtant avec une carte VIP.

Écrit par : Soames | 03/05/2014

@Soames

>> Pour entrer au Panthéon, il faut avoir fait preuve d'héroïsme. Or la spécialité de Michel Onfray consiste plutôt à tirer sur une ambulance ou une autre (le christianisme, le freudisme...). C'est pas gagné.

Écrit par : Agg | 03/05/2014

"Or la spécialité de Michel Onfray consiste plutôt à tirer sur une ambulance ou une autre"

Est ce que vous voulez dire que les théories du genre, ou le militantisme LGTB , dernières cibles de Michel Onfray seraient déjà en voie d'extinction ?

Écrit par : Dumet | 05/05/2014

@Dumet

>> Non, les études de genre et les luttes LGBT ne sont pas en voie d'extinction, en revanche, elles sont menacées par des citoyens français de plus en plus nombreux qui choisissent, pour des motifs divers et variés, le parti de la Réaction.

Écrit par : Agg | 05/05/2014

"le parti de la Réaction" ?

La vache ! Ca ne nous rajeunit pas !

Écrit par : Dumet | 05/05/2014

@Dumet

>> Vous ne croyez pas si bien dire : nombre de mes concitoyens semblent se complaire dans une sorte de marasme. Et des jeunes gens, bien souvent ! Ils n'ont rien vécu, ou si peu, mais se jouent la comédie de la vieillesse, se plaignant sans cesse de ce que le monde comme il va ne va plus comme il faut selon quelque tradition vénérable...

Écrit par : Agg | 06/05/2014

@Agg

En même temps, que voyez-vous qui puisse les faire rêver ? Le 0.2 % de croissance promis par François Hollande ?

Écrit par : Dumet | 06/05/2014

@Dumet

>> Votre remarque me paraît typique d'une attitude bien française : attendre que "quelqu'un" vienne sauver le pays, ou à tout le moins proposer une "vision" que des millions de veaux (© de Gaulle) pourront suivre aveuglément, sans plus penser à rien. Mais ce temps-là est révolu. D'un responsable politique (ou plutôt d'un gouvernement, là encore, l'homme providentiel a vécu !), on peut attendre au mieux qu'il se révèle bon gestionnaire, afin que notre pays tire son épingle du jeu mondialisé. Le reste regarde les individus.

Écrit par : Agg | 07/05/2014

@Agg

vous vous méprenez totalement sur la nature du politique. Les qualités de gestionnaire sont nécessaires mais largement insuffisantes. Autrement, il suffirait de faire élire le président de la république par les membres de l'ordre des exeperts comptables par exemple. Des gens avisés, experts en gestion qui éliraient certainement un très bon gestionnaire.

Bien sur qu'il faut une vision, exactement comme un chef d'entreprise d'ailleurs. Et c'est cette capacité à communiquer cette vision qui fait la différence. Cette vision peut d'ailleurs consister à proposer une société reposant plus sur l'initiative et la responsabilité individuelle pour aller à l'encontre de votre cliché ci-dessus.

Pour tirer son épingle du jeu mondialisé, un gestionnaire ne suffira surement pas. Cela fait d'ailleurs 30 ans que nous avons des gestionnaires. Le résultat n'est pas terrible.

P.S. : La fameuse phrase de de Gaulle "les français sont des veaux" si souvent cité mérite d'être replacé dans son contexte : elle est exprimée comme conséquence de la démagogie des partis et (déjà !) de la nullité des médias. Pas grand chose de changé malheureusement.

Écrit par : Dumet | 08/05/2014

@Dumet

>> Je vois que j'ai touché juste. ;-)

Je vous laisse spéculer à loisir sur la prétendue 'nature' du politique : un vieux réflexe, chez les réactionnaires, que d'appeler Aristote à la rescousse sitôt que les choses se gâtent ! Pour ma part, j'ignore si une telle 'nature' existe, je constate en revanche qu'il y a des pratiques politiques qui varient en fonction des lieux et des époques. La pratique que vous décrivez, à base de hiérarchie, de "vision" et de "communauté de destin" a eu son utilité, à certains moments de l'Histoire : par exemple, il fallait probablement un de Gaulle pour mener la France libre et maintenir cette dernière en bonne place sur l'échiquier mondial après la guerre. Mais c'est fini, la politique de Papa. Aujourd'hui, les centres de décision sont économiques, voire informationnels. Au passage, la gestion ne se résume pas à l'expertise comptable, mais incorpore aussi la stratégie : par exemple, s'agissant de notre pays, se demander comment tirer profit de la mondialisation, plutôt que d'en essuyer les plâtres. Et non, ça ne fait pas 30 ans que "nous" avons des gestionnaires, ça fait 30 ans que "nous" *élisons* des incompétents notoires, dont le seul "talent" fut de "nous" endetter durablement, d'enliser "nos" industries et d'encourager l'inertie et la pleurniche au sein du 'peuple'. Vous attendez toujours l'homme providentiel, c'est votre droit. Quant à moi, je n'attends plus rien du politique, sachant pertinemment que ce n'est plus là que les enjeux se jouent. J'espère de tout cœur – mais sans grande illusion – que mes concitoyens le comprendront bientôt.

Écrit par : Agg | 08/05/2014

"Au passage, la gestion ne se résume pas à l'expertise comptable, mais incorpore aussi la stratégie"

Avoir des hommes politiques qui ont une vision (c'est à dire une représentation cohérente de l'avenir et les meilleurs moyens à mettre en oeuvre pour aborder au mieux cet avenir), ca ne vous interesse pas, mais en revanche, vous souhaitez qu'ils aient une stratégie ? Il faudra m'expliquer la différence car elle me parait mince....

Écrit par : Dumet | 09/05/2014

@Dumet

>> La différence me paraît quant à moi très nette : la stratégie consiste à partir des faits de la réalité pour s'y adapter au mieux afin d'obtenir un avantage concurrentiel. La vision consiste au contraire à partir d'une idée pour tenter d'y plier les faits de la réalité – quand ces derniers ne sont pas tout bonnement niés. Un exemple concret : le fameux "modèle social" français, que "nos" responsables politiques, de droite comme de gauche, défendent contre vents et marées depuis des décennies au mépris d'une réforme nécessaire à l'aune de la nouvelle donne socio-économique.

Écrit par : Agg | 09/05/2014

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