Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/11/2013

Oui-Oui et le klaxon

La machinerie politico-médiatique ne s'arrête jamais. Ce matin, m'avisant du programme télé avant de prendre mon petit-déjeuner, je suis tombé sur le synopsis d'un documentaire qui a retenu mon attention : "Au cœur des États-Unis, Curtis, Golda et Veldean se trouvent confrontés à l'absurdité et à la violence de la peine de mort. Pendant ce temps à Huntsville, petite ville du Texas, les exécutions rythment le quotidien." Des exécutions qui rythment le quotidien ?! Quand on sait que les Etats-Unis, dans leur ensemble, ont exécuté 1355 personnes depuis 19771, soit une moyenne de 38 personnes par an, on ne peut que s'interroger sur l'honnêteté intellectuelle du rédacteur du synopsis. Curieux, j'ai regardé le documentaire en question, intitulé Honk2 (2011) et réalisé par Arnaud Gaillard et Florent Vassault3. Sans surprise, le film se centre quasi-exclusivement sur les criminels et leurs familles : c'est à peine si l'on entrevoit, au tout début, une famille de victimes, seule occasion où les crimes sont évoqués et encore, bien furtivement. Ce ne sera plus jamais le cas ensuite, ce qui suggère habilement que les mecs attendant dans le couloir de la mort se sont retrouvés là par hasard, victimes innocentes d'un système judiciaire kafkaïen. Le téléspectateur découvre d'ailleurs juste après l'histoire d'un pauvre type qui a passé deux décennies en prison et qui a failli être exécuté, alors qu'il n'avait rien fait. Depuis, il est sorti, mais souffre de traumatismes divers et variés, outre les terribles anecdotes qu'il a à raconter, ce qui tombe décidément bien, puisque les caméras sont là. On a droit aussi à l'inévitable point Godwin : saviez-vous que l'injection létale était une invention de Karl Brandt, médecin personnel d'Hitler, qui a tué par ce moyen des milliers de bébés ? Saviez-vous aussi que certains Etats américains utilisaient encore, de nos jours, du Zyklon B, le gaz qui a tué des millions de juifs, pour exécuter leurs criminels ? De là à dire que la peine de mort et le nazisme, c'est même combat, il n'y a qu'un pas, que les réalisateurs franchissent allègrement. Mais c'est un problème de mentalité, voyez : tout au long du documentaire, des abrutis d'Américains défendent l'idée que la peine de mort est justifiée par une logique d'interdépendance des droits et des devoirs – ce que les progressistes appellent avec mépris la loi du talion4. Mais il ne faut pas oublier que ces mêmes abrutis d'Américains ont considéré l'esclavage comme une pratique normale pendant près de 250 ans : heureusement, la société évolue et les bonnes âmes ne désespèrent pas de l'abolition prochaine de la peine de mort au pays des cowboys. Le film s'achève avec le dernier argument, carbonisé, contre la peine de mort : cette dernière n'a pas d'effet dissuasif. Mais la prison non plus : doit-on pour autant arrêter d'enfermer les criminels ? Damned, mais c'est exactement la proposition de notre actuel Garde des Sceaux ! Comme quoi, les grands esprits se rencontrent.

Bon, inutile de dire que si vous n'avez pas versé votre petite larme quand Golda klaxonne devant la prison qui retient son fils en otage avant de le liquider, vous êtes un salaud, un chien, un monstre, un étron, un déchet de l'humanité, bref, une vermine sans nom qui ne mérite pas de vivre. Ah bah non mince. Oh et puis pas grave.

 

1. Source : l'excellent site PDM.

2. "Klaxon", en anglais, pour les unilingues. Le documentaire était diffusé à 9h50 sur la chaîne Public Sénat.

3. Le premier étant sociologue et militant abolitionniste. Croyez-le ou non, mais je m'en doutais un peu.

4. Loi qui remonte au Code de Hammurabi (~ 1750 avant Jésus-Christ) et qui avait pour but d'établir un lien symbolique entre le crime et le châtiment.

Commentaires

J'avoue que mon commentaire n'est pas en rapport avec votre article, ce pour quoi je m'excuse.

Il concerne un très beau livre que je suis entrain de finir ( les meilleurs choses ont une fin... je ne sais si cela est regrettable, cela leurs confère ce quelque chose de précieux que je ne m'explique pas... ) et dont la lecture me fît penser à vous de par la parité de style et des sujets abordés.
Je me proposais donc de vous en instruire, ce que je fais ici et au vrai j'aurais aimé à en discuter avec vous, quel sera votre sentiment si vous décidez de le lire ? Au vrai, la lecture en est délectable mais le contenu d'une tristesse infinie, la mélancolie vous prend...
Vraiment, il soulève l'admiration et le dégoût à la fois... Me laisse perplexe et de cela j'aimerais à m'entretenir avec vous.
Accepterez-vous ?

Voici ce livre : Baudouin de Bodinat - La vie sur terre ( sous-titre : réflexions sur le peu d'avenir que continent le temps ou nous sommes ) Tome premier ( 1996 et second (1999 ) éditions de l'encyclopédie des nuisances, Paris, 2008. 20,30euros (disponible à Gilbert si je ne m'abuse... )

Écrit par : Owen Lamar | 24/11/2013

@Owen Lamar

>> Vous attisez ma curiosité. Je vais me procurer cet ouvrage et reviendrai vers vous lorsque je l'aurais lu (cela peut prendre quelques temps, mais je n'oublierai pas, vous pouvez me contacter à l'adresse mail spécifiée en haut à droite de cet écran le cas échéant). A bientôt.

Écrit par : Agg | 25/11/2013

Les commentaires sont fermés.