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22/10/2013

La fin de la récré

Je trouve très amusant le spectacle actuel des protagonistes de la scène politique française – des élus de la République aux artistes "engagés" en passant par les "intellectuels"1 – face à la montée en puissance du Front national. De gauche comme de droite, tout ce petit monde avertit le bon peuple : à force de mal penser et par suite de mal voter, de mauvais citoyens risquent de précipiter le retour de la bête immonde2. Bien sûr, personne parmi ces âmes vertueuses n'explique pourquoi un animal politique aussi dangereux que le Front national n'a pas été terrassé, depuis le temps, ni pourquoi les thèmes "nauséabonds"3 qu'il porte se voient désormais systématiquement repris par les autres partis avec une gare de retard4. Par ailleurs, la vieille stratégie de diabolisation du Front national ne prend plus, davantage de Français faisant confiance à ce qu'ils observent plutôt qu'à ce que les "autorités compétentes"5 tentent de leur faire avaler, tandis que certains des adversaires historiques du Front national vendent la mèche du reductio ad Hitlerum6. Que demeure-t-il, finalement ? Une clique politico-médiatique apeurée devant l'éventualité de l'arrivée au pouvoir d'un parti présenté comme démoniaque en tant cette fois qu'il risquerait de tenir ses promesses7. Qu'on appelle un exorciste, vite !

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1. Je mets des guillemets à dessein, car à l'examen ces gens ne s'expriment jamais qu'en tant que chiens de garde du système qui les nourrit. Lire à ce sujet l'excellent ouvrage de Serge Halimi (1997, 2005) qui cible les journalistes en particulier. No comment sur les réactionnaires professionnels (Eric Zemmour, Alain Finkielkraut, Renaud Camus, etc.) qui surfent sur la vague "Bleu Marine", mais jouent les pucelles effarouchées sitôt qu'un importun le leur fait remarquer. Allez, finalement si, un commentaire : à un moment, faut assumer, les gars.

2. Selon la phrase carbonisée qui clôt l'épilogue de la pièce de théâtre de Bertolt Brecht intitulée La Résistible Ascension d'Arturo Ui (1959) : "Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde".

3. C'est-à-dire qui gâchent la fête permanente à laquelle participent les béats de la "mondialisation heureuse" (Alain Minc, 1997).

4. Le thème de l'immigration constitue un exemple tout à fait frappant de ce phénomène : le Front national fut longtemps le seul parti à dénoncer clairement les problèmes posés par l'immigration dans notre pays, tandis que ses adversaires s'obstinaient à faire de cette dernière "une chance pour la France" (Bernard Stasi, 1984) – antienne d'ailleurs toujours entonnée par quelques idéologues acharnés, y compris parmi les prétendus experts (au hasard : Hervé Le Bras). Et puis, petit à petit, par l'effet d'une pernicieuse "lepénisation des esprits" (Robert Badinter, 1997) ou plus probablement parce que la réalité toquait de plus en plus fort à la porte, les politiques de tous bords ont commencé à se saisir de ce thème, en prenant évidemment grand soin de se démarquer du précurseur "fasciste".

5. Compétentes uniquement dans l'art de falsifier les faits, en dernière analyse.

6. Ainsi de Lionel Jospin, qui rappela une évidence (!) sur le plateau de Laurent Ruquier le 16 janvier 2010, à savoir que le Front national était tout ce qu'on voulait, mais certainement pas un parti fasciste.

7. Ce qui suppose que tous les autres partis, UMPS en tête, promettent dans le vent, s'assurant mutuellement que rien ne changera fondamentalement : les paroles volent, les privilèges restent.

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