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23/07/2013

A propos d'un conte de Perrault

Vu ce soir sur HD11 Le Pull-over rouge (1979), de Michel Drach, film tiré du roman2 éponyme du gauchiste Gilles Perrault. Le film réussit son pari : plus le fil narratif se déroule et plus le spectateur s'indigne de la terrible erreur judiciaire dont le pauvre Christian Ranucci se trouve être l'innocente victime. Fin en apothéose avec les mots que Ranucci lâcha prétendument3 à ses avocats avant d'être exécuté : "Réhabilitez-moi !". Film plaisant, donc, mais aux procédés grossiers – les personnages étant de véritables caricatures ambulantes4 –, qui n'a pas entamé mon intime conviction quant à la culpabilité de Ranucci. Voilà un jeune homme qui a un accident de voiture, commet un délit de fuite et s'arrête un peu plus loin, précisément à l'endroit où un horrible infanticide sera découvert5. Un jeune homme vu alors en présence d'une fillette par plusieurs témoins. Un jeune homme qui avouera son crime par trois fois6. Un jeune homme qui a comme par hasard égaré son couteau recouvert de sang tout près de là où la petite Marie-Dolorès Rambla a été sauvagement poignardée... Et puis, au-delà des pièces du dossier, il y a le mythe abolitionniste autour de cette affaire : combien de nos concitoyens croient encore que Ranucci fut le dernier guillotiné en raison du caractère douteux de sa condamnation ?7 Qui se souvient de Robert Badinter évoquant le condamné, lors des débats à l'Assemblée nationale sur la question de l'abolition de la peine de mort ?8

Bref, de la propagande pure et simple, où le résultat d'une idéologie rouge assénée à coups de massue était cousu de fil blanc.    

 

1. Chaîne du groupe TF1. Juste pour info.

2. Il ne paraît en effet pas inutile de rappeler que même si ce livre (1978) est rédigé sous la forme d'une contre-enquête, ça n'en est pas une : il s'agit plutôt d'une plaidoirie.

3. Son bourreau, André Obrecht, certifie pour sa part qu'il n'a rien dit. Evidemment, c'est beaucoup moins rentable médiatiquement que l'histoire romantique rapportée par la clique Lombard, Le Forsonney et Perrault.

4. Très vite, le camp du Bien se dessine, ce qui ne plaide guère en faveur de l'objectivité du réalisateur et en amont de celle de l'écrivain duquel il s'inspire.

5. Avouez que c'est vraiment pas de bol.

6. Une fois devant les policiers, une fois devant le juge d'instruction, une fois devant les psychiatres, ce qui met tout de même quelque peu à mal la thèse de la pression policière : même si cette dernière s'est exercée, pourquoi Ranucci ne s'est-il pas dédit devant le juge et devant les psychiatres ?

7. En réalité, son exécution sera suivie de deux autres encore, celle de Jérôme Carrein et celle de Hamida Djandoubi.

8. Première séance du 17 septembre 1981.

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