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17/05/2013

La disparition

Mammy_Caricature.jpg

Ceci n'est pas la caricature d'une femme noire. [Source : The Mammy Caricature]

Toujours prompte à se saisir des dossiers importants pour notre pays, l'Assemblée nationale a adopté hier soir la proposition de loi tendant à la suppression du mot "race" de notre législation. A l'examen, l'argumentaire se révèle assez déroutant : en effet, l'introduction du mot "race" partait d'un bon sentiment, puisqu'elle visait à protéger les citoyens de la diffamation par voie de presse au prétexte, notamment, donc, de la race. Le brave député Chassaigne rappelle même à juste titre que le Code noir n'a pas eu besoin de la race comme catégorie juridique pour être clairement discriminatoire. Mais qu'importe, car, comme dirait Dieudonné, le crime de lumière est passé par là. Le régime de Vichy a utilisé la race comme catégorie juridique à des fins pas franchement catholiques1 et dès lors, c'en est fini du concept de race. Et puis, de grands scientifiques2 répètent à l'envi que les races n'existent pas, c'est que ça doit être vrai. Bien sûr, on objectera qu'avec le même sophisme énoncé par feu François Jacob, la différence entre les êtres humains et les chimpanzés s'efface, puisque nous partageons 99% de nos gènes avec nos cousins simiesques ; de là à dire que nous sommes tous des chimpanzés... Que nenni, il faut l'accepter : vos sens vous trompent, mes amis. Non, il n'y a rien de tel que des "groupements naturels d'êtres humains, actuels ou fossiles, qui présentent un ensemble de caractères physiques communs héréditaires, indépendamment de leurs langues et nationalités"3, ce n'est qu'une illusion d'optique et surtout, c'est très mal de penser ainsi, car on sait où ça mène : aux heures les plus sombres de notre Histoire4. Certes, outre l'évidence des sens, quelque esprit chagrin s'inquiétera de la survie du racisme et de son corollaire républicain, l'antiracisme, si l'on fait disparaître leur objet. Mais les parlementaires ne s'embarrassent guère de logique, un simple tour de passe-passe suffira : le racisme est maintenu en tant que délit par la grâce d'un gloubi-boulga conceptuel, à base d'origine, d'ethnie, de nation et de religion. On s'étonnera ensuite qu'il y ait comme un malaise dans l'identité nationale.

Nos progressistes savourent cette victoire arrachée à la réaction, mais leur joie n'est pas complète : le mot "race" persiste dans l'article premier de notre Constitution et Flanby avait promis5 ! Gageons qu'il ne s'agisse là que d'un regrettable contretemps.

 

1. Façon de parler : chacun sait depuis Amen et plus récemment le Traité d'athéologie que le christianisme – et en particulier le catholicisme – n'est qu'un autre nom pour l'hitlérisme.

2. Autant l'expression paraît méritée pour François Jacob, malgré son mensonge dommageable concernant l'existence des races humaines, autant on se demande ce que vient foutre ce vieux branleur d'Albert Jacquard dans cette affaire.

3. Définition du Trésor de la Langue Française informatisé.

4. (© LICRA)

5. Le 10 mars 2012, dans un discours adressé aux Outre-mers, Flanby avait déclaré qu'il ferait un sort au mot "race" dans notre Constitution.

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