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24/04/2013

"Projet X", de Nima Nourizadeh

C'est fait : j'ai enfin vu le dernier – prétendu – chef d'oeuvre en matière de teenage movie. L'histoire tient en peu de mots : trois losers décident de "changer les règles" en organisant la meilleure party de tous les temps à l'occasion de l'anniversaire de l'un d'entre eux. Voilà, c'est déjà tout. Le reste suit, sans surprise : évidemment, la fête ne se déroule pas comme prévu, ou plutot si, elle se déroule exactement comme prévu, c'est-à-dire comme un défoulement pulsionnel à grande échelle. Foule nombreuse et anonyme, condensant tous les clichés d'une fiesta réussie à l'américaine : nanas cambrées et top less au bord de la piscine, alcools divers et variés à profusion, lesbian kiss, interracial kiss1, fumettes, shots, blague de potaches libéraux (un nain dans le four, qu'est-ce qu'on rigole), baises à tout va, ecsta à gogo, rouleaux de PQ dans l'arbre, booty shake, dégueulis, vandalismes bon enfant, etc., le tout sur fond de musique techno2. Le plus hypocrite étant l'absence totale de violences au sein de cet attroupement festif. Non, la violence viendra toujours de l'extérieur : le voisin fasciste qui voudrait bien dormir, les flics appelés par celui-ci pour tapage, le dealer fou qui veut récupérer sa marchandise tendrement subtilisée par nos jeunes innocents. C'est à peine si l'on remarque que le quartier manque disparaître sous les flammes et les piétinements de la masse réjouie. Le final relève du même registre : le père sermonne gentiment son bambin sur les ruines de ce qui fut sa maison, tandis qu'une grue retire ce qui fut sa voiture de ce qui fut sa piscine. Mais au cas où le spectateur n'aurait pas compris, le père répète à son fils "je ne savais pas que tu avais ça en toi", les yeux plein de fierté : ça, c'est-à-dire cette capacité à tout faire et surtout à détruire, pour être enfin populaire3. Cerise sur le gâteau, le chenapan emballe la fille de ses rêves, cette dernière ayant bien vite pardonné sa frasque d'un soir au nouveau héros du lycée.

Un chef d'oeuvre, que je vous dis, comme une dédicace implicite au vieux Muray.

 

1. Toujours dans cette configuration : une blanche avec un noir. Jamais l'inverse. Bizarre.

2. Au passage excellente, en particulier le morceau du groupe Yeah Yeah Yeahs, qui est une tuerie. Là n'est pas le problème.

3. Traduction : conforme aux attendus sociaux de l'époque.

Commentaires

Aurais-je enfin trouvé un Homme sur Terre qui ne soit pas en "admiration" devant cette vomissure cinématographique qui, semble t'il, a tant de crédit chez nos contemporains qu'elle est citée comme référence dans l'illustration des comportements adolescents et de leurs aspirations. Pis encore ! N'est-il pas advenu que les adultes eux-mêmes, du moins ceux qui passent pour tels, se prennent à la "fièvre projet x" ( encore que, je prends cela pour la conséquence nécessaire de la politique des " grands enfants " qui voudrait que les adultes se défassent de leurs responsabilités intellectuelles, condition inhérente à cet état, comme chose à la fois néfaste et lénifiante, toutes choses sur lesquelles je suis prêt et j'aimerais à débattre ).
Enfin, j'en retiendrai le bonheur d'avoir lu ces lignes et l'espoir que l'anémie intellectuelle de notre siècle prendra fin. Merci. O-L.

Écrit par : Owen Lamar | 09/06/2013

@Owen Lamar

>> Merci pour votre commentaire aussi juste que bien écrit. Au plaisir de vous relire par ici !

Écrit par : Agg | 10/06/2013

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