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14/06/2010

Oedipe et nique ta mère

Une chronique judiciaire, sur une des chaînes de la télévision d'Etat1. Didier Tallineau, un mec qui a buté deux nanas de sang froid à dix ans d'intervalle. Comme à chaque fois, vient le moment où l'on se penche sur le profil du bonhomme. Le téléspectateur attend, fébrile. Le verdict tombe : d'après les experts psychiatres, le sieur Tallineau est un type foncièrement normal. Père absent, mère autoritaire, un classique qui ne fait pas un meurtrier récidiviste. Cela dit, les experts psychiatres ont tout de même noté un truc super important. Le téléspectateur n'en peut plus. Le journaliste ménage son effet, puis lâche, avec le sérieux d'un pape : "un manque de structuration oedipienne". Oh putain, tout s'explique ! Voilà donc où nous en sommes, en 2010, en matière de psychologie criminelle : à continuer à accorder du crédit à une superstition viennoise datant de la fin du XIXe siècle2.

En même temps, à l'heure de Wikipédia et de Michel Onfray, il n'y a sans doute rien d'autre à espérer d'un quelconque média3.

 

 

1. Faites entrer l'accusé du 13/06/2010.

2. La psychanalyse, pour ceux qui n'auraient pas compris.

3. Wikipédia et Onfray, permettant, chacun à leur manière, de sustenter l'imposture freudienne.

02/06/2010

Chomsky et la (dé)raison révoltée

"Le penseur le plus célèbre du monde face à l'actualité" : Chomsky, de passage en France après 25 ans d'absence, était sur le plateau de Taddeï1. Je connaissais déjà le bonhomme pour ses travaux psychologiques et n'avais guère été impressionné2. Mais, joueur et au risque de me dédire, j'ai regardé l'émission. Bilan : je ne comprends tout simplement pas ce que tant de gens lui trouvent. Ou plutôt, je ne comprends que trop bien. Chomsky, c'est le mec qui fournit à la rébellion instituée ses alibis intellectuels. En effet, niveau opinions, le moins qu'on puisse dire est que Chomsky se révèle dramatiquement consensuel, par chez nous. Israël ? Un Etat criminel perpétrant ses "exactions"3 depuis des décennies, avec la bénédiction des Etats-Unis. Le 11 septembre ? Ma foi, c'est "épouvantable", mais il faut quand même avouer que les Etats-Unis l'ont bien cherché. Et puis, ça arrive depuis "des centaines d'années" partout ailleurs sur la planète ce genre de tragédie, alors faudrait voir à ne pas en faire trop non plus, voyez. L'Occident ? Coupable, forcément coupable et d'autant plus qu'il est supérieur au reste du monde d'un point de vue civilisationnel. L'idéologie dominante ? Imposée via une propagande d'ampleur mondiale par des médias aux ordres des ploutocrates. Bref, toute la doxa que le premier gauchiste venu, vaguement cultivé4, peut formuler. En bonus, Chomsky sacrifie tout du long au culte de la "sincérité", comme si notre intellectuel pouvait délivrer un point de vue de nulle part, du haut d'un promontoire objectif, alors qu'il s'est illustré – à l'instar d'un de ses homologues de jadis habitué du Café de Flore – dans nombre d'engagements, soit autant de partis pris en situation : en d'autres termes, Chomsky, par sa posture de "sincérité", se confine au choix à l'hypocrisie la plus crasse ou à la naïveté la plus confondante. Le seul point où Chomsky se démarque quelque peu, en définitive, c'est sur la liberté d'expression, qu'il veut totale, y compris pour les types peu recommandables à la Faurisson5. Mais même ça n'a rien de si révolutionnaire, sauf peut-être dans notre pays, pour les dévots du prêt-à-penser. Et puis, dans ce registre, Chomsky est beaucoup moins drôle que Dieudonné.

Remboursé !

 

 

1. Ce soir ou jamais du 31/05/2010.

2. En rappelant que Chomsky, dans sa spécialité d'origine, la linguistique, est, sinon dépassé, du moins poussiéreux.

3. La pire étant probablement, pour notre intellectuel, de lui refuser l'entrée de ses universités.

4. C'est-à-dire qui sait que le co-auteur du Manifeste du Parti communiste ne faisait pas partie des Marx Brothers.

5. Mais pour mieux les repérer et les neutraliser, évidemment : depuis les années 1980, Chomsky a appris ce qu'il convenait de dire, dans la patrie des droits de l'homme.