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15/03/2010

Don Juan wanted

Du temps de Molière, la figure de Don Juan représentait la subversion de la loi, la rébellion contre Dieu, le refus d'un certain ordre établi. Et puis le XIXe passa par là avec son romantisme vomitif, dépeignant un Don Juan toujours séducteur, mais désormais repentant. Vinrent enfin, avec le XXe siècle, deux grands fléaux idéologiques : la psychanalyse et le féminisme. Pour la première, Don Juan est un malade qui n'a pas résolu son Oedipe, cherchant sa mère en toute femme ; pour le second, Don Juan est un salaud, bref, appartient à cette espèce d'hommes qu'il convient d'éradiquer. Ces deux discours sévissent encore aujourd'hui, s'entremêlant parfois en une belle contradiction1. Mais la modernité n'entendait pas en rester là. Dernière trouvaille en date : Don Juan n'est plus un névrosé, plus un connard, non, c'est un abruti. En effet, selon le bon docteur Kanazawa, seul un homme au QI inférieur peut fouler au pied le modèle inventé par Saint Paul et tromper sa femme, voire se vautrer dans la luxure en papillonnant de femme en femme. Mais il y a quand même une couille dans le potage, puisque selon notre spécialiste, les personnes les plus "intelligentes"2 sont forcément progressistes et athées, or l'idée de monogamie va quand même un peu de pair avec le patriarcat et au-delà, avec la notion d'un ordre des choses à respecter, en tant que manifestation d'une transcendance. M'enfin, allez faire comprendre ça à un mec qui se croit très malin et témoigne dans le même temps d'une réflexion digne d'un jeune con de gauche3.

 

 

1. Don Juan ne pouvant être, en bonne logique – discipline qui échappe tant aux psychanalystes qu'aux féministes –, à la fois malade et coupable.

2. Soit celles que notre savant bridé (dans sa jugeote, voyons) estime telles. C'est le problème avec l'intelligence : on ne juge jamais celle des autres qu'à partir de la sienne propre.

3. Ou de droite, hein, je ne suis pas sectaire. Tout ça pour dire que non, je ne suis pas allé voter hier. Je ne cède aux sirènes irrationalistes qu'à l'occasion des présidentielles ; le reste du temps, je garde en tête les conclusions du théorème d'Arrow.

Commentaires

Ah Don Juan...une pièce merveilleuse! Et sans doute un des personnages les plus intéressants dans les pièces de Molière – un maître tyrannique, séducteur, la honte de sa famille. Ça m’étonne que vous n’ayez pas fait mention de Sganarelle et le rapport maître-valet dans la pièce…

Écrit par : Capucine | 08/10/2010

La bêtise de la doxa psychanalytique vaut bien le vide intellectuel de Michel Onfray, encore que. Du reste, je ne saurais comprendre que vous, et la qualité qui accompagne toujours vos articles, basiez vos opinions en la matière sur quelques éléments télévisuels ou l'oeuvre d'un pseudo penseur ( hédonisme social ?... ) (1).
La psychanalyse sauve, ce qui n'est plus à prouvé, tout placebo que cela puis-ce peut-être être ( Michel sera ravit ).







(1) l'affabulation freudienne, le crépuscule d'une idole. Michel Onfray

Écrit par : Owen Lamar | 21/06/2013

@Owen Lamar

>> Merci pour le compliment. Sur la psychanalyse, vous ne pouviez pas le savoir, mais il se trouve que j'en suis plus qu'un amateur éclairé, de par ma formation d'abord, de par mes rencontres intellectuelles ensuite. Je n'ai pas attendu Michel Onfray pour me pencher avec passion sur les études critiques du freudisme. Nous pourrons en débattre en d'autres lieux si vous le souhaitez, mais pour vous répondre rapidement ici, sachez que je ne conteste absolument pas l'efficacité de la psychanalyse : à ma connaissance, le "verdict du dodo" rendu par Lester Luborsky en 1975 n'a pas varié, psychanalyse comprise. Ce qui m'agace dans la psychanalyse, c'est la prétention de certains de ses représentants à en faire autre chose qu'une technique psychothérapique, parmi bien d'autres possibles. Lourdes, l'homéopathie et la sorcellerie aussi, "ça marche", ce qui ne démontre pas l'existence de Dieu, de la mémoire de l'eau ou de la magie. Effet placebo ? Sans doute. Mais en disant cela on n'a rien dit, car ce fameux effet placebo demeure bien mystérieux et pose question : comment du symbolique agit-il sur du réel ? Dans ce cadre, toute pratique qui parvient à réaliser ce tour de force mérite à tout le moins un minimum de respect, en lieu et place de ce mépris marqué d'ignorance crasse qu'exprime si bien notre cher Michel Onfray.

Écrit par : Agg | 22/06/2013

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