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26/12/2009

Touche pas à mon pote (musulman)

Une pépite : cet article publié dans Le Monde, d'un certain Jean-François Boute-hors Butor Bouthors. Le programme est dans le titre : il faut à nouveau prendre la plume contre le retour esquissé1 des heures les plus sombres de notre Histoire (© LICRA). Le bon Bouthors trouve "insupportable" ce qui se passe en France depuis l'ouverture du débat sur l'identité nationale. Mais il n'est pas dupe : les Français ont peur, sauf que, comme d'habitude, cette peur repose sur un fantasme (sa qualité n'est pas précisée, mais le lecteur avisé devine que ce fantasme relève d'un ordre droitier). Bouthors nous fait ensuite le coup de l'exclusion. Les musulmans, qui sont pourtant des Français comme les autres, vivent, à quelques rares exceptions près2, dans des conditions "pénibles, sinon humiliantes" (moi j'aurais écrit "insupportables", voyez) ce qui explique, bien entendu, que les mêmes se retrouvent en tôle : tout ça n'a rien à voir avec eux, c'est la-faute-à-la-so-ci-é-té. Bouthors enfonce le clou : le musulman d'aujourd'hui, c'est le juif d'hier : bouc émissaire des frustrations du temps, des péchés de l'époque. Résultat : demain, les musulmans baisseront la tête, fermeront leur gueule et raseront les murs3. Bouthors saute du coq à l'âne et évoque les Afghans expulsés : paraîtrait que le droit international interdit de renvoyer des immigrés clandestins dans leur pays d'origine si celui-ci est en guerre. Première nouvelle, mais le Bouthors ne cite aucune source, sinon le dessous de son chapeau, ce qui n'est pas pour nous surprendre, à ce stade. Ah oui, j'oubliais le port de la burqa, pratique "ultraminoritaire" selon un Bouthors tout soudain sociologue. En face, la commission parlementaire sur le sujet, dont le travail s'apparente aux procédés à l'oeuvre en Union soviétique : Bouthors se lâche ; quitte à écrire n'importe quoi, autant y aller franchement dans la fabrication dénonciation de l'ennemi. Après ce long détour, Bouthors en vient au fait : il demande, par voie pétitionnaire, la fin du débat sur l'identité nationale afin que cessent les "dérives"4 qui vont avec. Pour l'amour de... la dignité humaine, la liberté religieuse, la liberté de conscience (liste vraisemblablement non exhaustive : signer la pétition, c'est témoigner d'une vertu grandiose, c'est indiquer son appartenance au camp du Bien). C'est beau.

Bref, contre l'étoile verte, Jean-François Bouthors nous propose la main verte. Avec un peu d'entraînement, vous aussi pourrez faire pousser toutes sortes de plantes idéologiques et avoir votre parterre de conneries.

 

 

1. Jean-François Bouthors se veut prudent, au départ, mais c'est pour mieux emmener son lecteur vers un pays imaginaire, celui où l'islam est, selon la formule consacrée en bien-pensance, une "religion de paix, de tolérance et d'amour" : le dessin se mue en phénomène bien réel en quelques lignes.

2. Ce sont évidemment ces exceptions qui sont intéressantes : comment diable un musulman peut-il réussir en France, pays fasciste s'il en est ?

3. On peut rêver.

4. Terme novlangue pour désigner les comportements de gens qui voient les choses telles qu'elles sont.

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