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25/11/2009

La veuve et l'orphelin

La semaine dernière, le député1 UMP et pédiatre Edwige Antier annonçait son intention de déposer une proposition de loi interdisant la fessée, entre autres sévices corporels. Bref, un pas de plus vers la déification prochaine de nos chères têtes blondes2, les instances supranationales poussant à la roue3. Heureusement, tout le monde ou presque par chez nous s'est gentiment foutu de la gueule de la dame, non pas tant d'ailleurs sur la pertinence de la fessée au regard de l'éducation des enfants4 que sur cette envie du pénal5 qui a saisi tout soudain le député en noviciat6. Qu'importe, notre justicière s'entête, voire cherche le bâton pour se faire battre7. Dans une interview accordée hier à Paris Dépêches8, Madame Antier explique sans rire que même une tape sur la main relève du châtiment corporel et qu'il faut lui préférer le dessin au feutre ; elle s'indigne aussi de ce que "le sexe intéresse plus que l'éducation", au prétexte que de nombreux esprits tordus9 ont tout de suite ironisé sur son alarme vertueuse en évoquant la fessée entre adultes consentants. Mouais. Moi j'ai l'impression, comme souvent pour les porte-drapeaux de la bien-pensance, que Madame Antier a un train de retard : par exemple quand je lis cet article sur les parents battus.

Aujourd'hui, c'était la journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes. Encore un machin onusien, auquel la France sacrifie avec moult courbettes. Sans surprise, nos médias nationaux avaient préparé cet "événement" par une grossière agit-prop autour d'un énième fait divers survenu il y a quelques jours. C'est marrant, quand même. Les femmes sont toujours victimes et les hommes, toujours bourreaux. De là à dire qu'il y aurait un système de domination masculine10 instauré "à l'aube des temps" – pour reprendre l'irrésistible expression de l'idéologue l'anthropologue Françoise Héritier chez Taddeï il y a peu –, il n'y a qu'un pas que les abrutiles franchissent allégrement. Les violences contre les femmes. Mais pourquoi pas les violences contre les hommes, les Noirs, les Arabes, les chrétiens, les handicapés, les homosexuels ? Et quid, surtout, du lancer de nains ?

 

La veuve et l'orphelin, donc, foulant aux pieds le cadavre encore fumant de l'homme qui, jadis, leur servait de mari et de père.

 

 

1. Oui, oui, au masculin. Et je vous merde.

2. Je me rends compte que cette expression pourrait laisser entendre que pour moi un enfant français serait forcément de type caucasien, ce qui constituerait une odieuse discrimination. Bien vu.

3. Le Conseil de l’Europe ayant lancé un appel contre la fessée (2008), tandis que le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies recommande « d’interdire explicitement les châtiments corporels dans tous les contextes, y compris dans la famille, à l’école et dans les institutions et autres établissements accueillant des enfants, de renforcer les activités de sensibilisation dans ce domaine et de promouvoir le principe d’une éducation sans violence » [Source : La Défenseure des enfants - Rapport d'activité 2009, p. 90].

4. Ainsi qu'en témoigne le sondage réalisé pour l'occasion : dans les faits, la fessée est utilisée exceptionnellement.

5. Selon la délicieuse expression du regretté Philippe Muray.

6. Ceci expliquant peut-être cela : il faut bien qu'elle justifie sa présence à l'Assemblée nationale.

7. Si j'ose dire : sans doute un retour du refoulé lié à mon éducation répressive.

8. A savourer ici.

9. Ah, je vous jure, vraiment, quel manque de sérieux.

10. Titre d'un célèbre ouvrage de l'idéologue du sociologue Pierre Bourdieu (1998), repris pour le récent film de propagande de Patric Jean.

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