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07/04/2009

"Gran Torino", de Clint Eastwood

A la lecture du synopsis, j'étais plutôt réticent. Et puis, mon attrait pour les salles obscures aidant, l'enthousiasme de mon amie et la chance inespérée de voir un film sur grand écran pour une somme modique1 faisant le reste, j'y suis allé. Bien que rapidement embarqué, la première demi-heure laissa planer un doute : n'avais-je pas affaire à une énième mise en scène de la théorie du contact chère à quelque psychosociologue2 et dont les bien-pensants nous rebattent les oreilles à longueur d'année ? Mais non, il ne s'agit pas seulement d'un film avec Clint Eastwood, mais également d'un film de Clint Eastwood et ça change tout : quelques instants plus tard, je suis définitivement pris. Là, pas d'angélisme vomitif à la Costa-Gravas3 à propos des immigrés : côté jaune aussi, il y a des racistes, à l'instar de la vieille matriarche Hmong que Clint Eastwood, alias Walt Kowalski, a pour voisine et qui chique son tabac en le regardant de travers. Et il y a des méchants : le gang Hmong, composé d'ados paumés et violents, qui veulent intégrer le jeune et timide Thao à toutes forces et font la loi dans le quartier, en rivalité avec d'autres bandes, la race fixant l'appartenance. Le pivot du film, c'est évidemment la Gran Torino, voiture de légende convoitée par les membres de sa famille qui sont plus étrangers à Kowalski que les étrangers qu'il côtoie et symbole de la fière Amérique d'antan, qu'incarne notre vétéran de la guerre de Corée, en écho discret au Républicain convaincu qu'est Eastwood. Et puis, il y a le prêtre, "jeune puceau de 27 ans sur-éduqué" selon Kowalski, mais qui est là et donne le la tout au long du film, au point d'en déterminer l'issue, le mode d'icelle se révélant un peu trop christique à mon goût4, quoique foutrement efficace au plan lacrymal5.

Bref, du "gran" Eastwood, à voir, absolument.

 

 

1. 3,50€ le film, à l'occasion du Printemps du Cinéma, les 22, 23 et 24 mars derniers.

2. Muzafer Sherif (1906 - 1988), qui fut l'un des fondateurs de la psychologie sociale. Il convient d'ailleurs de lui rendre justice : lui n'a jamais prétendu qu'il suffisait de mettre des groupes humains en contact pour que tout conflit s'évapore entre eux. Ses expériences montrent au contraire que le contact peut résoudre le conflit sous conditions, en particulier la poursuite d'un but supraordonné, impliquant un front commun. Ce n'est pas exactement la même chose que l'idée fumeuse de mixité sociale.

3. Dans son Eden à l'Ouest (2008), magnifique oeuvre de propagande immigrationniste.

4. Ah bah non, je ne vais pas vous dévoiler la fin !

5. Bien sûr, en charmante compagnie, j'ai ravalé mon émoi juste à temps et, la lumière revenue, prestement tendu un mouchoir à la belle, en ironisant sur sa sensibilité exacerbée.

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