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28/03/2009

Est-ce ainsi qu'un rappeur meurt ?

Moi que d'habitude le rap insupporte, j'avais il y a peu été agréablement surpris par OrelSan et voilà que j'apprends qu'il est devenu la dernière cible en date de la violence mimétique1 chère à la meute politico-médiatique. Il est vrai que le buzz autour de Benoît XVI vs. la Sainte Capote ne marchait plus des masses, malgré une tentative de relance avec l'évêque d'Orléans2, tandis que la lassitude était palpable pour le vingt-deuxième anniversaire du "détail" lepéniste. Il fallait donc trouver autre chose, à la mode du temps : une dénonciation vertueuse et sécurisée. Et comme cela faisait des lustres que les bien-pensants n'avaient pas fait pleurer Margot en féministe, c'est en s'en prenant à une chanson d'OrelSan qu'ils remplirent leur sinistre office. La chanson en question, intitulée "Sale Pute", traite d'un jeune homme trompé par sa petite amie et qui se lâche sur la petite amie en question, de chagrin et de colère, par voie électronico-épistolaire. Bref, pas de quoi fouetter une chatte, mais au contraire un drame éternel, simplement remis au goût du jour à la manière rap, dont j'avais pourtant cru comprendre depuis Jack Lang3 qu'il s'agissait d'un "appel constant à l'imagination", d'une "source de créativité et d'invention" voire "de socialisation" et j'en passe. OrelSan rappelle en outre sur son blog que l'introduction de la chanson précise le contexte, la mise en scène du clip étant encore plus claire4. Que nenni, les clairvoyants ont très bien discerné au travers des paroles de la chanson d'OrelSan une intolérable misogynie, sans évoquer l'apologie de la violence contre les femmes, comme si la mort de Noir Désir5 Marie Trintignant ne suffisait pas. Les putes et soumises au système de lapidation spectaculaire ambiant ont même demandé la déprogrammation d'OrelSan du Printemps de Bourges, sous peine d'appel au boycott du festif-halle festival.

Mais c'est marrant quand même, vous avez remarqué ? OrelSan est blanc et vient de Caen. Dénonciation vertueuse et sécurisée, que je vous dis.

 

 

1. L'expression est du génie messianique autoproclamé René Girard et renvoie à la découverte révolutionnaire que toute société a son bouc émissaire, au prétexte farfelu que chacun de ses membres désirerait ce que désirent les autres dans le cadre d'une rivalité qui exigerait un sacrifice arbitraire – celui du bouc émissaire – pour prendre fin.

2. Qui a dit hier matin, au micro de France Info, : "On met maintenant sur les boîtes de cigarettes: ‘Danger'. On devrait mettre sur les boîtes de préservatifs : ‘Fiabilité incomplète'. Vous le savez très bien, tous les scientifiques le savent, la taille du virus du sida est infiniment plus fine que celle d'un spermatozoïde. La preuve est faite que le préservatif n'est pas une garantie à 100% contre le sida." Mais le mea culpa a suivi presque dans la foulée, faisant capoter l'agit-prop de tous les chiens qui aboient après la caravane catholique.

3. Lors de son interview dans l'émission RapLine, diffusée sur M6 tous les samedis soirs à minuit, dans les années 90, époque où Monsieur Lang était ministre de la Culture.

4. Le vent d'indignation citoyenne ayant soufflé sur Internet, le clip est en accès restreint, c'est-à-dire visualisable uniquement par les utilisateurs inscrits.

5. Mais non, pas de panique, c'était juste pour faire un mot, le groupe prépare semble-t-il un album pour cette année.

Commentaires

Les excès du White Trash made in France ou l’histoire d’un mauvais remake
(faux problème de sociétes et vraie escroquerie musicale)

White Trash.
Le terme sera la coquetterie des prochains jours dans la presse ignorante ou en déficit d’adulescence.
Le phénomène a été sociologiquement marqueté par un spécimen quelconque dans une maison de disque, major ou indépendante, il n’y a plus de différence. Il n’y en a jamais eu.
Puisque le but principal des organes de production culturelle est de fournir une solution adaptée à toutes les niches de population, alors autant tirer avantage de la paupérisation ambiante qui unit les enfants de prolétaires high tech et de la bourgeoisie vintage dans une middle class pseudo universitaire.
White Trash. Là où l’on pourrait trouver l’expression raciste comme bamboula® ou bougnoule, on y trouve une forme méliorative d’acceptation socialo-artistique qui émoustillera les mêmes illuminés qui ont mis au panthéon l’illettrisme d’Abd Al Malik.
La suite :
http://souklaye.wordpress.com/2009/02/16/white-trash-made-in-france-ou-l’histoire-d’un-mauvais-remake/

Écrit par : walkmindz | 28/03/2009

@walkmindz

>> Bravo pour votre analyse que je trouve tout à fait pertinente. Cela dit, personnellement, je ne crains pas le son d'OrelSan. Et ce qui m'interpelle plutôt est ce haro politico-médiatique sur ce pauvre jeune homme, parce qu'il est Blanc et que par suite lui faire la leçon permet de se glorifier de vertu à peu de frais, pendant que d'autres demeurent intouchables par décret bien-pensant.

Écrit par : Agg | 29/03/2009

Les commentaires sont fermés.