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14/03/2009

Le fantasme de l'omniscience

Deux débats chez Taddeï1 ces derniers jours. Et pour l'occasion, un argument brandi, si représentatif de notre époque : nos savoirs étant imparfaits et toujours soumis à révision, comment poser un quelconque choix sans encourir de risques ? Ce questionnement névrotique est à la base du principe de précaution2, qu'on pourrait résumer comme l'alliance du postulat de l'incertitude au sophisme de la potentialité : il y a de l'incertitude, or cette incertitude pourrait être en dangereuse, donc tous aux abris. Le hic, avec ce principe, c'est d'abord qu'il fait de l'incertitude un problème alors que c'est plus simplement une donnée de l'expérience humaine et ensuite qu'à partir d'un possible danger que comporterait cette incertitude, il invite chacun à déduire qu'il convient sinon de s'abstenir, tout du moins de se protéger. Autrement dit, le principe de précaution énonce qu'il faut être prudent à cause d'un risque qui pourrait sortir du terreau de notre ignorance. Appliqué au pied de la lettre, cela signifie que j'ai tout intérêt à rester chez moi dans la mesure où j'ignore quel risque exactement je prends en mettant le nez dehors (pollution, agression, etc.). Précaution qui à terme me conduira – pour le coup de manière certaine – à la mort (de faim et de soif). Comme l'explique Cécile Philippe3 : "Le danger du principe de précaution est qu’il sous-entend qu’une action peut être exempte de risque... ce que chacun d’entre nous sait être impossible par son expérience personnelle. Parce que les êtres humains ne disposent pas d’informations et de connaissances parfaites sur les choses et ne peuvent prédire l’avenir avec certitude, ils se trouvent nécessairement dans une situation où certes l’action comporte des risques mais l’inaction en comporte tout autant. A l’extrême, l’inaction entraîne la mort."

Mais qu'importe la logique, il semble qu'aujourd'hui la majorité – dont participent nos politiques –, se veuille démon laplacien4.

 

 

1. Ce soir ou jamais, en deuxième partie partie de soirée, du lundi au vendredi sur France 3. Il s'agit des émissions des 11 et 12 mars derniers, traitant respectivement du principe de précaution et du retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN.

2. Institué par l'article 5 de la Charte de l'Environnement de 2004, cette dernière ayant valeur constitutionnelle : "Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage."

3. Dans son admirable petit ouvrage intitulé C'est trop tard pour la Terre (2007) et édité chez Jean-Claude Lattès.

4. Pierre-Simon Laplace (1749-1827), dans son Essai philosophique sur les probabilités (1814), écrit en effet ce passage célèbre : "Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux."

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