21/01/2010

Nègre 2.0

Lilian Thuram chez Taddeï, l'autre soir1. Ancien footballeur reconverti en idéologue, il était venu promouvoir l'antiracisme, dernière mouture, option négritude. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, en effet, l'antiracisme, c'était la tyrannie de la pénitence2 : les méchants Blancs avaient réduit les Noirs en esclavage, c'était dégueulasse et les maîtres d'hier devaient aujourd'hui s'en battre la coulpe ad libitum. Avec Thuram, tout ça, c'est fini. Il s'agit désormais de "changer l'imaginaire"3 des Blancs comme des Noirs, afin de révolutionner leurs rapports et dépasser la logique raciale. Pour ça, Thuram sort un livre4 dans lequel il fait mine de découvrir que nombre de grands hommes historiques étaient Noirs. Mieux, à bien y regarder, les Noirs ont tout inventé : de la lampe électrique5 aux sondes spatiales en passant par les mathématiques6, la philosophie et la politique7. Et puis, ne sommes-nous pas tous Africains – donc Noirs – à l'origine, ainsi qu'en témoigne notre ancêtre Lucy8 ? Le tragicomique fut atteint lorsque Thuram, répondant à la proposition émise par certains9 que retournent en Afrique tous les frères de race, expliqua doctement que cela risquerait de leur faire drôle, aux "Africains" de France, s'ils se retrouvaient dans leur pays natal, parce qu'en fait, "ils ne sont pas Africains". Donc je résume : le nègre nouvelle version se réclame avec force du "droit du sang", se rattache fantasmatiquement à une filiation grandiose, se fait membre de la communauté imaginaire de tous les Noirs du monde... avant de liquider tout ça prestement au moindre clin d'oeil du confort occidental.

Vous connaissez le stéréotype : le Noir est paresseux.

 

 

1. Ce soir ou jamais du 18/12/2010.

2. Selon le titre éponyme de l'ouvrage de Pascal Bruckner (2006).

3. Soit plus communément ce qu'on appelle de la propagande.

4. Intitulé Mes étoiles noires (2010).

5. Il me semblait pourtant que son inventeur était Joseph Swan, en 1879, soit deux ans avant Lewis Howard Latimer.

6. Car, devisa sans rire Thuram, le mec qui vit dans la brousse et cherche à traverser une rivière cogite au même niveau qu'un chercheur du MIT.

7. Et peut-être bien l'esclavage, mais ça, Thuram ne le dit pas, même s'il reconnaît que l'esclavage fut moins affaire de racisme que d'économie. Il faut croire que seuls les Blancs ont tiré profit des traites négrières.

8. Thuram signant là son ignorance des derniers travaux en date sur la question, puisque les scientifiques remettent à présent en question la théorie d'un seul foyer d'origine.

9. Aussi bien Blancs que Noirs, d'ailleurs, à l'instar de Marcus Garvey au siècle dernier.

05/01/2010

Propagandiste et serpentins

Au Monde, on sait s'amuser, pour le réveillon. La preuve en est avec cet article de blog consacré au XIIIe forum de la Nation qui s'est tenu le 28 novembre dernier1. J'ai beau avoir relu cet article plusieurs fois, je n'y ai vu aucune analyse journalistique par nos deux plumitifs2. Une fois retiré le saupoudrage3, il reste l'information suivante : des gens ayant quelques affinités idéologiques se sont réunis et ont, tenez-vous bien, dîné. Il semblerait que Bruno Gollnisch ait été présent et le salaud a osé dire qu'il défendait la liberté d'opinion, même lorsque l'opinion en question contrevenait à la doxa historique et/ou politique. Comme par exemple l'opinion d'un certain Vincent Reynouard – dans le désordre : sédévacantiste, révoqué de l'Education nationale4, partisan du socialisme national5, chef présumé6 d'un mouvement dans la lignée et surtout dangereux criminel en fuite7 – : on murmure en tremblant que le bougre aurait fait une apparition, lors de ce dîner. Faut-il encore ajouter que le spectre des heures les plus sombres de notre Histoire (© LICRA) flottait sur Lyon, ce fameux jour ?

Pour vous la faire courte, Abel Mestre et Caroline Monnot, faisant écho à leur camarade en désinformation Christophe Forcari, sévissant à Libération, veulent absolument transformer Bruno Gollnisch en négationniste et partant, le Front national dont il est le vice-président, en officine fasciste.

Tant de lignes maladroites et confuses pour en arriver à ça8. C'est comme je vous le dis : au Monde, on sait s'amuser.

Et bonne année, bordel.

 

 

1. Et non pas début décembre, comme l'écrivent nos journaleux, passons.

2. Qui prétendent pourtant décrypter les "populismes de droite" ("populisme" étant le terme novlangue, péjorativement connoté, pour "démocratie réelle"). Sans doute est-ce à prendre sur un mode humoristique : dé-crypter, c'est-à-dire sortir de la crypte.

3. Le saupoudrage est une ficelle rhétorique qui consiste à répéter – en principe subtilement – une idée afin de la faire mieux passer. Ici, l'ambition de nos écrivaillons se donne d'évidence : "groupuscule antisémite et pétainiste", "Waffen SS belge", "groupuscule néonazi", "négationniste" (liste non exhaustive). Bref, au cas où quelqu'un n'aurait pas compris : la bête immonde bouge encore !

4. Tic et Tac moquent Reynouard, qui se la jouerait "proscrit pour ses idées". Mais n'est-ce pas le cas ? N'a-t-il pas, précisément, été révoqué de l'Education nationale à cause de ses idées ?

5. Traduction correcte du mot allemand Nationalsozialismus, rappelant qu'il s'agissait là d'abord d'un socialisme, la composante nationaliste le qualifiant par après.

6. Hansel et Gretel usent en effet d'un conditionnel qui laisse songeur quant à leur professionnalisme : "il dirigerait le Mouvement de combat Saint Michel". Ben ouais, les gars, mais c'est pas justement votre boulot de le savoir, ça ? Ca décrypte pas des masses, pour le coup.

7. Non, non, il n'a pas violé un bébé ou éventré une femme, il a écrit des textes proposant une lecture de l'Histoire différente de ce qu'il faut bien appeler la vérité officielle, n'en déplaise à quelques commentateurs de l'article. La police politique lui a collé un an de prison ferme.

8. Soit le même énorme bobard, si j'ose m'exprimer ainsi, en forme de reductio ad Hitlerum, proféré depuis tant d'années.

26/12/2009

Touche pas à mon pote (musulman)

Une pépite : cet article publié dans Le Monde, d'un certain Jean-François Boute-hors Butor Bouthors. Le programme est dans le titre : il faut à nouveau prendre la plume contre le retour esquissé1 des heures les plus sombres de notre Histoire (© LICRA). Le bon Bouthors trouve "insupportable" ce qui se passe en France depuis l'ouverture du débat sur l'identité nationale. Mais il n'est pas dupe : les Français ont peur, sauf que, comme d'habitude, cette peur repose sur un fantasme (sa qualité n'est pas précisée, mais le lecteur avisé devine que ce fantasme relève d'un ordre droitier). Bouthors nous fait ensuite le coup de l'exclusion. Les musulmans, qui sont pourtant des Français comme les autres, vivent, à quelques rares exceptions près2, dans des conditions "pénibles, sinon humiliantes" (moi j'aurais écrit "insupportables", voyez) ce qui explique, bien entendu, que les mêmes se retrouvent en tôle : tout ça n'a rien à voir avec eux, c'est la-faute-à-la-so-ci-é-té. Bouthors enfonce le clou : le musulman d'aujourd'hui, c'est le juif d'hier : bouc émissaire des frustrations du temps, des péchés de l'époque. Résultat : demain, les musulmans baisseront la tête, fermeront leur gueule et raseront les murs3. Bouthors saute du coq à l'âne et évoque les Afghans expulsés : paraîtrait que le droit international interdit de renvoyer des immigrés clandestins dans leur pays d'origine si celui-ci est en guerre. Première nouvelle, mais le Bouthors ne cite aucune source, sinon le dessous de son chapeau, ce qui n'est pas pour nous surprendre, à ce stade. Ah oui, j'oubliais le port de la burqa, pratique "ultraminoritaire" selon un Bouthors tout soudain sociologue. En face, la commission parlementaire sur le sujet, dont le travail s'apparente aux procédés à l'oeuvre en Union soviétique : Bouthors se lâche ; quitte à écrire n'importe quoi, autant y aller franchement dans la fabrication dénonciation de l'ennemi. Après ce long détour, Bouthors en vient au fait : il demande, par voie pétitionnaire, la fin du débat sur l'identité nationale afin que cessent les "dérives"4 qui vont avec. Pour l'amour de... la dignité humaine, la liberté religieuse, la liberté de conscience (liste vraisemblablement non exhaustive : signer la pétition, c'est témoigner d'une vertu grandiose, c'est indiquer son appartenance au camp du Bien). C'est beau.

Bref, contre l'étoile verte, Jean-François Bouthors nous propose la main verte. Avec un peu d'entraînement, vous aussi pourrez faire pousser toutes sortes de plantes idéologiques et avoir votre parterre de conneries.

 

 

1. Jean-François Bouthors se veut prudent, au départ, mais c'est pour mieux emmener son lecteur vers un pays imaginaire, celui où l'islam est, selon la formule consacrée en bien-pensance, une "religion de paix, de tolérance et d'amour" : le dessin se mue en phénomène bien réel en quelques lignes.

2. Ce sont évidemment ces exceptions qui sont intéressantes : comment diable un musulman peut-il réussir en France, pays fasciste s'il en est ?

3. On peut rêver.

4. Terme novlangue pour désigner les comportements de gens qui voient les choses telles qu'elles sont.

22/12/2009

Cachez ce Pape que... (2)

Il y avait longtemps que les abrutiles n'avaient pas vomi sur le Pape. Et c'est vrai qu'à quelques jours de Noël, ça manquait. Motif du dégueulis, cette fois : Benoît XVI vient de reconnaître les "vertus héroïques" de Pie XII, ce qui marque une étape vers la possible1 béatification de ce dernier. Pourquoi les furieux du conforme s'indignent-ils ? Parce que selon eux2, Pie XII se serait tu face à l'horreur du socialisme national. Du peu que j'en sais pour avoir lu quelques textes sur le sujet3, l'accusation semblait déjà louche. Elle se délite en pure désinformation après exploration de ce site.

Amusement renouvelé de voir combien l'obscurantisme se trouve précisément du côté de ceux qui se parent des oripeaux de sa dénonciation.

 

 

1. Possible, mais pas certaine : il faut encore qu'un miracle soit attribué à Pie XII et enfin que Benoît XVI décide de le béatifier, ce qui peut prendre du temps. D'où la stupidité des cris de vierges effarouchées contre une béatification pour l'heure parfaitement inexistante. Sans évoquer la malhonnêteté patente des arguments de ces Fouquier-Tinville et la prétention extraordinaire qui s'en dégage implicitement, puante : eux auraient été à coup sûr des héros, pendant la Seconde Guerre mondiale.

2. Voir par exemple cet article dans l'Humanité.

3. En particulier Jean Sévillia dans son Historiquement correct (2003). Et Matthieu Baumier dans son Anti-Traité d'athéologie (2005), qui répond longuement sur ce point à l'accusation ridicule de Michel Onfray faisant de Pie XII "le Pape de Hitler", selon le titre éponyme de l'ouvrage de John Cornwell (1999).

18/12/2009

Teddy bear cannibal

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Ah la sale bête ! [Source : L'Express]

Il suffit donc qu'une poignée de touristes perdus dans la province canadienne du Manitoba assiste à la mise à mort d'un ourson par son géniteur avant de s'en repaître pour qu'on crie au scandale du réchauffement global, en bien-pensance. Et c'est logique : si "nous sommes tous des ours polaires", qui ne serait pas dégoûté par un tel acte de cannibalisme ? Et les Inuits ont beau dire, non, dans la Nature version écologiste, un animal qui bouffe ses petits, ça n'existe pas. Par conséquent, c'est que quelque chose cloche et ce quelque chose, c'est évidemment le réchauffement climatique. CQFD.

Bon et si vous n'avez toujours pas compris, il reste le coup de l'ours de glace. Show devant.