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08/05/2017

Anything goes

Emmanuel Macron, avec une ironie échappant dramatiquement à la plèbe réjouie à laquelle il s'adressait hier soir, a osé dire, à propos de son élection, que "rien n'était écrit". C'est précisément le contraire : tout était écrit, dans les moindres détails et depuis bien longtemps, par le duo Hollande-Jouyet. On fera remarquer au passage à tous les idolâtres du 'peuple', que celui-ci a fait preuve pour l'occasion d'un degré de servitude volontaire qui devrait, à tout le moins, les interroger.

Stupéfaction en découvrant que le mathématicien Cédric Villani, médaillé Fields 2010, avait appelé à voter Macron, en ignorant délibérément les théorèmes démontrant l'irrationalité du vote (Arrow, 1951 ; Gibbard-Satterthwaite, 1973) : c'est acté, la raison a définitivement déserté le pays.

Malek Boutih, croque-mort frétillant de l'antiracisme et candidat halluciné à tout poste qui pourrait se présenter dans le prochain gouvernement, a expliqué tout tranquillement sur le plateau de BFMTV [31:58] qu'accorder un quelconque crédit électoral à l'abstention et au vote blanc relevait d'une "grande rigolade". Moralité : la démocratie, pour Monsieur Boutih, c'est se moquer de plus d'un tiers des électeurs inscrits. Les intéressés apprécieront. 

Il paraît qu'Emmanuel Macron serait un "libéral". Il suffit pourtant de consulter son programme pour se rendre compte qu'il n'a rien d'un libéral et tout d'un social-démocrate à la sauce néo-keynésienne, pour lequel le rôle de l'Etat se révèle déterminant, en tant que "stratège" et "investisseur social". L'Etat macronien entend en effet veiller, en vrac : au logement, au "juste" prix des produits agricoles ou culturels,  à l'insertion professionnelle des jeunes, à la "parité" entre les hommes et les femmes, à la préservation de la planète et j'en passe. Bref, loin de marquer une quelconque rupture avec ses prédécesseurs, Macron est l'incarnation de la continuité étatiste, aggravée d'un capitalisme de connivence. Il ne changera strictement rien à la situation de la France, dont la ruine annoncée contraste singulièrement avec l'humeur festive qui s'est emparée du Louvre la nuit dernière.

17/04/2017

Gérard sur le divan

Un documentaire sur Gérard Depardieu, l'autre soir, sur une des chaînes de la télévision d'Etat. Aimant beaucoup l'acteur et soucieux par ailleurs de rentabiliser ma redevance, je décide de regarder. Hélas, trois fois hélas, je découvre très vite qu'en fait de documentaire, j'ai droit à une psychanalyse-spectacle à laquelle se livre l'inénarrable Gérard Miller, le psy du PAF, qui ne s'autorise que de lui-même pour sonder l'inconscient des célébrités. Voilà donc Depardieu plaqué sur le divan de Miller et le téléspectateur contraint d'écouter les interprétations navrantes du psychanalyste après chaque séquence de vie de l'acteur. "Ossabandus, nequeyrs, nequer, potarimum, potsa milus" : je ne peux m'empêcher de songer à cette scène du Médecin malgré lui, tant Miller insiste avec sa pseudoscience afin d'expliquer pourquoi le fils du Dédé est muet. Et pour couronner le tout, Miller, non content d'avoir assouvi sa passion du bavardage, en profite pour faire un peu (si peu) de politique, en condamnant Depardieu, coupable d'avoir trouvé refuge en Russie et surtout d'aimer Poutine qui est, comme chacun sait, l'équivalent du Diable en ce monde : on a pourtant connu Miller plus tolérant, à l'égard d'un certain Grand Timonier.

Un documentaire gâché, donc, auquel on préfèrera largement l'autobiographie de Gérard Depardieu (Ca s'est fait comme ça, 2014), dont les mots sincères et puissants réduisent à néant le verbiage freudo-lacanien de Gérard Miller.

04/04/2017

La règle du je

Yann Moix est un être sensible. Habitué à donner des leçons – d'écriture, de morale, d'histoire – le pauvret a failli s'effondrer samedi soir dernier sur le plateau de l'émission On n'est pas couché [43:45] lorsque Florian Philippot, lassé de la mauvaise foi de son interlocuteur, a rappelé à des millions de téléspectateurs qu'il avait préfacé un ouvrage dont la réédition fut interdite quelques années plus tard pour cause d'antisémitisme patenté. Sidéré sur le moment, Moix a réagi en différé en publiant un article dans l'organe de propagande la revue de son ami et mentor BHL. Malheureusement pour lui, cet article manque cruellement sa cible. Car contrairement à ce qu'affirme notre écrivain décomposé, Philippot ne l'a jamais accusé d'être antisémite : il a simplement démontré avec brio combien le sophisme par association était facile d'utilisation et quels dégâts il pouvait provoquer. Mais Yann Moix n'aime pas le goût de ses propres remèdes. Il préfère les administrer généreusement aux autres, en particulier lorsqu'il s'agit du lobby-qui-n'existe-pas, comme par exemple lors de cette récente conférence-débat chez les Amis du Crif : le petit goy n'est-il pas touchant d'obséquiosité à l'endroit de ses hôtes ? Et pour en finir avec notre plumitif déplumé, on lira avec profit la lettre ouverte que lui adressait Paul-Eric Blanrue – l'auteur désormais maudit du fameux livre mis à l'Index de la République – le 28 août 2015 et qui retrouve aujourd'hui toute son actualité !

24/03/2017

Fugaces (II)

Nombre de mes concitoyens souffrent d'une fièvre qui ne retombe pas, après avoir récemment découvert que le pouvoir corrompt. En effet, jadis, les puissants étaient des parangons de vertu et le monde une sorte de paradis terrestre. Et tout soudain l'harmonie s'est brisée et les "affaires" sont apparues. Par chance, de valeureux journalistes, nouveaux chiens de garde de l'ordre républicain, se livrent depuis peu à une véritable épuration éthique, en dénonçant sans répit le moindre manquement de nos caciques. On s'attendait à des choses terribles : traite humaine, trafic d'armes ou de drogues... Et l'on apprend qu'untel a piqué dans la caisse, fait travailler sa petite nièce, ou s'habille en Prada. 

Il y a quelque chose de touchant dans le spectacle de tous ces électeurs potentiels qui se torturent pour savoir s'ils vont passer à l'acte. Ils touchent du doigt ce que les psychologues, sociologues et mathématiciens ont démontré depuis longtemps dans leurs champs respectifs : le vote est un acte fondamentalement irrationnel. L'illusion démocratique perdure malgré tout et l'on peut parier que les indécis du moment prendront la "bonne" décision le jour J, qu'il s'agisse de dire merde au 'système' ou de lutter contre le 'fascisme'. 

Un candidat à la présidentielle laisse entendre que les robots vont venir manger le pain des Français. L'argument remonte à Bernanos (in La France contre les robots, 1947) et reste aussi fallacieux qu'à l'époque. En fait, c'est l'inverse qui est vrai : les pays qui ont le plus de robots (le Japon et la Suède, par exemple) sont aussi ceux qui ont le moins de chômage chez eux, par le développement des emplois industriels. Evidemment, cela suppose de se préparer au changement : quand on lit le programme des prétendants à la fonction suprême et qu'on constate en outre le niveau d'inculture économique qui règne par chez nous, on peut être à peu près sûr que la France loupera le coche.

Pas une semaine qui passe sans qu'une fusillade n'ensanglante notre pays. On nous serine pourtant assez que la France, ce n'est pas le Far West, grâce à une législation sur les armes à feu parmi les plus restrictives de la planète. Et c'est tout à fait vrai : la France, ce n'est pas le Far West, parce que là-bas, les honnêtes gens ont le droit de se défendre.

Le récit de la conversion de Didier Decoin au christianisme (in Il fait Dieu, 1975) rassemble tout ce que je déteste dans la religion du Crucifié : autoflagellation permanente, misérabilisme et louanges à tout propos. Souvenir de ce passage du film Monty Python : Sacré Graal ! – sorti la même année que le bouquin de Decoin – où Dieu s'adresse au roi Arthur et s'agace de ses génuflexions, excuses et autres flagorneries.

13/02/2017

Vie et mort d'un "philosophe"

Ce qu'il y a de bien avec Michel Onfray, c'est qu'il ne déçoit jamais. De passage chez Ruquier pour la promotion de son nouveau livre, Michel a enchaîné les sottises pendant près d'une heure. S'adressant à un public – animateur et chroniqueurs compris – dont il savait pertinemment l'inculture crasse, il n'a jamais encouru le risque d'être contredit. N'ayant pas le temps de revenir sur toutes les énormités proférées par Michel, j'en retiendrais trois. Enormité n°1 : Jésus n'a jamais existé. Michel reprend ici la vieille thèse mythiste qui n'a pourtant plus cours depuis belle lurette dans le monde de la recherche académique, mais à laquelle s'accrochent une poignée de pseudo-rationalistes. Si Michel avait fait ses devoirs, il aurait étudié les travaux de John Paul Meier (2004, 2005, 2009) ou encore de Martin Hengel et Anna Maria Schwemer (2007) et découvert que Jésus est probablement l'un des personnages dont l'existence historique est la plus attestée. Enormité n°2 : Pie XII aurait été le "pape d'Hitler". Là on se dit que Michel s'est contenté de regarder le célèbre film de Costa Gavras (Amen, 2002), dont la pertinence historique a été contestée par tous les historiens de la planète. Mais qu'importe : Michel a une fois de plus craché sur l'Eglise catholique, avec la bénédiction du PAF. Il apparaît toutefois bon de rappeler que Pie XII, loin d'avoir collaboré avec le nazisme, a au contraire sauvé la vie de centaines de milliers de Juifs, ce qui lui vaudra, entre autres, la reconnaissance du Congrès juif mondial, la proclamation, par l'Union des communautés juives d'Italie, du 17 avril comme jour de gratitude, ou encore, après sa mort, les remerciements de Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères d'Israël... Enormité n°3 : Michel Onfray ne serait pas réactionnaire. Après lui avoir passé la pommade pendant les trois-quart de l'entretien, les chroniqueurs de l'émission – Vanessa Burggraf et Yann Moix pour ne pas les citer – ont tout de même eu le courage insensé de faire remarquer à Michel que le titre de son bouquin ("Décadence") fleurait bon le parti de la Réaction et de lui demander, ce qui, d'après lui, témoignait de cette décadence dans notre société. Et Michel de prendre l'exemple, carbonisé chez les réactionnaires, de l'art, qui aurait commencé à péricliter avec la Fontaine de Duchamp (1917) pour atteindre le summum de l'absurde avec la Merde d'Artiste de Manzoni (1961). Michel, pris en flagrant délit de déclinisme, a tenté de se rattraper en expliquant qu'il ne portait pas de jugement de valeur et qu'il poussait même le vice jusqu'à aider des artistes contemporains : mais pourquoi diable parler de décadence en ce cas, cher Michel ? Le penseur d'Argentan a gardé le meilleur pour la fin : après avoir vilipendé le christianisme tout du long, Michel prend son affaiblissement dans la vieille Europe comme autre exemple de décadence... pour aussitôt enchaîner en disant que l'islam viendra occuper la place laissée vacante mais que là non plus, il ne porte pas de jugement de valeur et que tout ça, "c'est très bien" [sic]. Ben voyons, Michel, ce n'est pas comme si tu avais écris un pavé malhonnête contre la religion des mahométans, hein (Penser l'islam, 2016).

Michel Audiard avait raison : il y en a qui osent tout.