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03/09/2017

Fugaces (III)

Une fois n'est pas coutume, notre cher Président a dit voilà peu quelque chose que je partage entièrement : la France n'est pas un pays réformable. Bien sûr, Macron a ensuite rebondi sur ce propos initial en expliquant qu'il ne fallait pas réformer le pays, mais le "transformer". Il me semble pour ma part qu'il y a tout simplement trop de gens qui ont intérêt à ce que surtout, rien ne change : tous les parasites sociaux institutionnels, i.e. tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, vivent sur le dos d'autrui, sans rien produire en échange, voire, en produisant du désordre en retour.

Amusement renouvelé devant les réactions de certains "catholiques" qui ont l'air de découvrir que rien dans leur doctrine religieuse ne s'oppose à l'arrivée en masse d'allogènes, bien au contraire.  En désespoir de cause, ils traitent le Pape de fou ou d'imposteur lorsque ce dernier leur rappelle l'évidence, ou ne retiennent de la doctrine sociale de l'Eglise que ce qui les arrange.

Et puis. Au lendemain des attentats en Catalogne, un "journaliste" se pique de faire la leçon à un ancien magistrat antiterroriste et trahit pour l'occasion en quoi consiste sa sale besogne : "prendre des précautions avec la vérité" (sic). Il est en effet évident que c'est en rasant les murs sans nommer l'ennemi que nous allons gagner la guerre contre ce qu'Alain Marsaud appelle fort à propos l'islamo-fascisme.

Un cadre du Front national se voit écarté de l'antenne d'une radio parce que ses opinions risqueraient de déranger ses petits collègues. Un cas typique de discrimination qui n'a pas eu l'air de troubler le CSA ou le Défenseur des droits. Comme disait l'autre, en France les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres.

Une mère britannique part en croisade contre Disney parce que son fils de 3 ans n'a pas pu se déguiser en princesse. Tout de suite les progressistes se sont indignés de cette atteinte intolérable à la liberté du bambin. Sans se demander si "porter une jolie robe, [de] se maquiller comme sa mère et [d']être pris en photo aux côtés de ses chères princesses Disney" ne correspondrait pas plutôt au désir de la mère qu'à celui du pauvre gosse. Les études de genre n'ont pourtant jamais eu pour vocation à servir de prétexte aux caprices de parents irresponsables.

04/06/2017

La charge du beauf

Fikmonskov est tout courroucé : une greluche féministe aurait pondu une nouvelle sottise pour emmerder les bonhommes la charge mentale. Comme souvent, Fikmonskov réagit promptement, mais réfléchit peu. En fait de nouveauté, la notion de charge mentale a plus de 30 ans d'existence. Empruntée à l'ergonomie, elle ne sort pas de l'imagination délirante d'une chienne de garde hystérique : dans La gestion ordinaire de la vie en deux (1984), la sociologue Monique Haicault analyse, à partir de données variées (entretiens, photos, films), la gestion quotidienne du travail salarié et du travail domestique (la fameuse "double journée") et montre combien cette gestion se révèle spécifique de la place des femmes dans les rapports sociaux de sexe. Fikmonskov passe en cela complètement à côté du sujet : il ne s'agit pas de dire que les hommes n'ont aucune charge mentale, mais de montrer que les femmes ont une charge mentale caractéristique d'un rapport social genré, la sphère domestique demeurant dans ce cadre "leur" domaine réservé. Pour appuyer son propos, Fikmonskov s'est donné comme caution morale une "spécialiste", Valérie de Minvielle, qui explique tout sourire que si elle souscrit à la notion de charge mentale, elle ne partage pas la conclusion qu'en tire Emma la vilaine féministe. Le problème de la charge mentale serait en effet à chercher tout bêtement chez les femmes elles-mêmes, trop "perfectionnistes" et incapables de "lâcher du lest", face à des hommes dont il faudrait "s'inspirer" pour que tout s'arrange. Bref, en bonne psychologue clinicienne, Madame de Minvielle commet ce qu'on appelle en psychologie sociale l'erreur fondamentale d'attribution qui consiste à expliquer des comportements individuels par les dispositions des agents (ici, les femmes, leurs supposés choix et en amont, leur présumée nature), au mépris de déterminants situationnels (comme l'assignation des rôles selon le sexe des individus dans une société donnée). La réaction de Fikmonskov est à ce titre exemplaire de cette erreur, puisqu'il prend pour une attaque contre les hommes ce qui relève d'une critique des représentations de genre à l’œuvre dans notre société. Ces représentations ne sont pas le fruit d'un complot masculin, mais résultent d'un mode complexe de production et de reproduction qui constitue précisément l'objet d'analyse des sociologues. Les rapports sociaux qui en découlent ne sont pas gravés dans le marbre, mais peuvent changer d’intensité, se durcir ou se relâcher selon les périodes historiques, les actions collectives et l’état des autres rapports sociaux auxquels ils sont imbriqués. Loin de toutes ces considérations, Fikmonskov nous assure, dans le fil de discussion de son articulet, que sa réaction est parfaitement "normale et naturelle" et propre à "tout homme", pas moins. Non content de parler à la place de son épouse – dont on aurait aimé savoir si "ça marche" si bien que ça –, il parle aussi à la place de tous les hommes, réduits à une caricature de Cabu.

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28/05/2017

As usual

On apprend incidemment qu'un quartier entier de Paris est devenu un véritable enfer pour les femmes et que cela aurait peut-être un rapport avec le nombre de "migrants" – terme novlangue visant à faire passer un envahisseur pour un réfugié – au mètre carré dans le quartier en question. Une pétition circule. Heureusement, très vite, les pouvoirs publics se saisissent de l'affaire : au fond, tout ça, c'est dans la tête des femmes, un banal "sentiment d'insécurité", qu'il faudrait voir à ne pas transformer en terrible amalgame. D'autant que des solutions existent : un nouvel éclairage public dans un coin, un jardinet dans l'autre et le tour est joué. Une conférence de Laurent Mucchielli se déroulera prochainement afin d'aider les femmes à ne plus se laisser emporter par la folle du logis.

Franck Boizard se demandait il y a peu si l'on peut être libéral et conservateur. La réponse est à la fois oui et non. Oui on peut être libéral, c'est-à-dire accepter le principe premier de la liberté individuelle et par ailleurs, à titre personnel, se réclamer de valeurs traditionnelles. Mais non, on ne peut pas être conservateur, c'est-à-dire rêver d'imposer un idéal du bien à tous les individus et dans le même temps se prétendre libéral. Par suite, distinguer, comme il est d'usage en France, les domaines d'application du libéralisme (économique vs social, par excellence) relève du paralogisme, comme si la reconnaissance du droit des individus pouvait être à géométrie variable. C'est pourtant sur cet illogisme que repose la ligne de partage "idéologique" entre les camps politiques dans notre pays...

Les réactions qui ont suivi le nouvel attentat islamiste survenu à Manchester le 22 mai dernier témoignent encore une fois, c'est peu dire, de notre faiblesse : la populace chiale, brûle de la cire et fait des cœurs avec les doigts ; l'intellectuel catho s'imagine en Etty Hillesum ; tandis que le ministre des Armées prend grand soin de ne pas nommer l'ennemi. Bref, de la peur, de la soumission, de la branlette intellectuelle et de la désinformation. Au moins les choses sont claires : les islamistes n'auront ni notre "haine", ni quoi que ce soit d'autre de notre part, car nous sommes déjà morts.

Une sénatrice envisage de sanctionner les "fake news", ou fausses informations en bon français. Le co-auteur de la proposition de loi nous assure que cette dernière distinguera les faits des opinions. Et notre homme de citer Popper, avec son critère de falsifiabilité. Le hic, c'est que quand on a lu Popper – ce qui n'est à l'évidence pas le cas de Madame Goulet et de Monsieur Shefet –, on sait que pour lui un fait brut n'existe pas, parce qu'il dépend toujours de la théorie qui sous-tend son observation... L'autre gros problème avec cette proposition de loi, c'est celui de l'institutionnalisation de la vérité. Que la justice sanctionne les conséquences d'une fausse nouvelle, comme la diffamation ou le trouble à l'ordre public, me semble normal et sain dans une société rationnelle. En revanche, que la justice se mêle de dire le vrai me paraît très dangereux. C'est une atteinte claire à la liberté d'expression, dans le même esprit que les lois mémorielles et en outre, ça ne marche pas, ne faisant qu'encourager, en réaction, les thèses qu'on avait tenté d'étouffer. Enfin, si cette loi est votée, j'ai hâte de la voir appliquée aux journaux subventionnés, pourvoyeurs en chef de vérités officielles, conformes à leurs intérêts.

08/05/2017

Anything goes

Emmanuel Macron, avec une ironie échappant dramatiquement à la plèbe réjouie à laquelle il s'adressait hier soir, a osé dire, à propos de son élection, que "rien n'était écrit". C'est précisément le contraire : tout était écrit, dans les moindres détails et depuis bien longtemps, par le duo Hollande-Jouyet. On fera remarquer au passage à tous les idolâtres du 'peuple', que celui-ci a fait preuve pour l'occasion d'un degré de servitude volontaire qui devrait, à tout le moins, les interroger.

Stupéfaction en découvrant que le mathématicien Cédric Villani, médaillé Fields 2010, avait appelé à voter Macron, en ignorant délibérément les théorèmes démontrant l'irrationalité du vote (Arrow, 1951 ; Gibbard-Satterthwaite, 1973) : c'est acté, la raison a définitivement déserté le pays.

Malek Boutih, croque-mort frétillant de l'antiracisme et candidat halluciné à tout poste qui pourrait se présenter dans le prochain gouvernement, a expliqué tout tranquillement sur le plateau de BFMTV [31:58] qu'accorder un quelconque crédit électoral à l'abstention et au vote blanc relevait d'une "grande rigolade". Moralité : la démocratie, pour Monsieur Boutih, c'est se moquer de plus d'un tiers des électeurs inscrits. Les intéressés apprécieront. 

Il paraît qu'Emmanuel Macron serait un "libéral". Il suffit pourtant de consulter son programme pour se rendre compte qu'il n'a rien d'un libéral et tout d'un social-démocrate à la sauce néo-keynésienne, pour lequel le rôle de l'Etat se révèle déterminant, en tant que "stratège" et "investisseur social". L'Etat macronien entend en effet veiller, en vrac : au logement, au "juste" prix des produits agricoles ou culturels,  à l'insertion professionnelle des jeunes, à la "parité" entre les hommes et les femmes, à la préservation de la planète et j'en passe. Bref, loin de marquer une quelconque rupture avec ses prédécesseurs, Macron est l'incarnation de la continuité étatiste, aggravée d'un capitalisme de connivence. Il ne changera strictement rien à la situation de la France, dont la ruine annoncée contraste singulièrement avec l'humeur festive qui s'est emparée du Louvre la nuit dernière.

17/04/2017

Gérard sur le divan

Un documentaire sur Gérard Depardieu, l'autre soir, sur une des chaînes de la télévision d'Etat. Aimant beaucoup l'acteur et soucieux par ailleurs de rentabiliser ma redevance, je décide de regarder. Hélas, trois fois hélas, je découvre très vite qu'en fait de documentaire, j'ai droit à une psychanalyse-spectacle à laquelle se livre l'inénarrable Gérard Miller, le psy du PAF, qui ne s'autorise que de lui-même pour sonder l'inconscient des célébrités. Voilà donc Depardieu plaqué sur le divan de Miller et le téléspectateur contraint d'écouter les interprétations navrantes du psychanalyste après chaque séquence de vie de l'acteur. "Ossabandus, nequeyrs, nequer, potarimum, potsa milus" : je ne peux m'empêcher de songer à cette scène du Médecin malgré lui, tant Miller insiste avec sa pseudoscience afin d'expliquer pourquoi le fils du Dédé est muet. Et pour couronner le tout, Miller, non content d'avoir assouvi sa passion du bavardage, en profite pour faire un peu (si peu) de politique, en condamnant Depardieu, coupable d'avoir trouvé refuge en Russie et surtout d'aimer Poutine qui est, comme chacun sait, l'équivalent du Diable en ce monde : on a pourtant connu Miller plus tolérant, à l'égard d'un certain Grand Timonier.

Un documentaire gâché, donc, auquel on préfèrera largement l'autobiographie de Gérard Depardieu (Ca s'est fait comme ça, 2014), dont les mots sincères et puissants réduisent à néant le verbiage freudo-lacanien de Gérard Miller.